Connexion

​Survol et Implications

Sélection d'accidents graves et d'événements qui ne devraient jamais arriver au Canada

Les patients s'attendent à des soins sécuritaires. Les professionnels de la santé s'efforcent de fournir aux patients des soins qui se traduisent par une meilleure santé et des résultats sécuritaires et efficaces. Toutefois, il arrive que des événements indésirables surviennent pendant ou après la prestation des soins. Bien que les soins comportent toujours des risques, nous savons que bon nombre de ces événements préjudiciables peuvent être évités en appliquant les connaissances et les pratiques actuelles. Bon nombre de ces événements ne se produisent que rarement; or, ils peuvent avoir de graves répercussions sur la vie et le bien-être des patients. Récemment, Qualité des services de santé Ontario (QSSO) et l'Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP) se sont mis en partenariat avec plusieurs autorités publiques et organismes au Canada pour créer une liste de 15 événements qui ne devraient jamais arriver. Le terme « événements qui ne devraient jamais arriver » décrit les incidents touchant la sécurité du patient qui entraînent de graves préjudices, parfois même la mort. Ces incidents peuvent être évités à l'aide de contrôles et de listes de vérification à l'échelle de l'organisation (QSSO et ICSP, 2015). Deux des 15 événements ne devant jamais arriver sont répertoriés dans le groupe clinique – événements graves choisis. Les voici :

  • Décès ou préjudice grave attribuable à l'utilisation d'instruments ou d'appareils insuffisamment stérilisés fournis par l'établissement de soins de santé;
  • Intervention sur le mauvais site ou sur le mauvais patient ou mauvaise intervention.

Échec des précautions d'asepsie

L'échec des précautions d'asepsie pendant les interventions médicales et chirurgicales a entraîné la propagation d'une infection et la transmission de la maladie. Cela a engendré une augmentation de la morbidité et de la mortalité chez les patients ainsi qu'une augmentation de la durée du séjour et des coûts (Siegel, Rhinehart, Chiarello et coll., 2007, Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, 2013).

Une technique d'asepsie inefficace causant des infections nocosomiales
La contamination des patients par des microorganismes lors d'interventions cliniques invasives est un processus largement invisible. Cependant, de multiples études établissent clairement une relation directe et indirecte de cause à effet entre l'échec de la technique d'asepsie et les infections nocosomiales. Par exemple, il a été démontré qu'environ huit pour cent des solutions physiologiques salines préparées manuellement sont contaminées avant d'être administrées au patient en raison de lacunes dans la technique d'asepsie. Des échantillons d'hémoculture présentaient un taux de contamination de cinq à dix pour cent (Association for Safe Aseptic Practice, 2015).

Terminologie : technique stérile, d'asepsie et propre

Historiquement, la pratique consistant à protéger les patients de la contamination et de l'infection pendant les procédures cliniques a donné lieu à un paradigme déroutant fondé sur la terminologie des techniques stérile, d'asepsie et propre. L'utilisation d'une terminologie précise est importante pour promouvoir la clarté dans la pratique (NHMRC, 2010). Les lignes directrices australiennes pour la prévention et le contrôle des infections dans les soins de santé (Australian Guidelines for the Prevention and Control of Infection in Healthcare ou NHMRC, 2010) proposent les définitions suivantes :

Stérile ou « exempt de microorganismes » – En raison de la multitude d'organismes naturellement présents dans l'air, il est impossible de recourir à une technique stérile en milieu de soins de santé. Les techniques quasi stériles ne peuvent être appliquées que dans des environnements contrôlés, comme une armoire à débit d'air laminaire ou une salle spécialement aménagée. Le terme « technique stérile » (soit la directive consistant à maintenir la stérilité de l'équipement exposé à l'air), couramment utilisé, est galvaudé, car une telle technique n'est évidemment pas applicable.

Asepsie ou « absence d'infection ou de matériel porteur d'agents infectieux (agents pathogènes) » – Une technique d'asepsie vise à empêcher les organismes pathogènes de provoquer, en nombre suffisant, une infection en étant introduits dans les sites vulnérables du corps par le contact des mains, des surfaces ou de l'équipement. Par conséquent, contrairement aux techniques stériles, les techniques d'asepsie sont applicables dans les hôpitaux et les milieux communautaires.

Propre ou « exempt de saleté, de marques ou de taches » – Bien que le nettoyage suivi d'un séchage de l'équipement et des surfaces puisse être très efficace, il ne répond pas nécessairement à la norme de qualité de l'asepsie. Toutefois, le nettoyage est certes un pas important vers l'asepsie de l'équipement et de la peau, surtout lorsqu'un niveau élevé de contamination nécessite une élimination ou une réduction des agents pathogènes. Pour garantir l'asepsie, l'application d'un désinfectant sur la peau ou sur les surfaces rigides s'impose pendant ou après le nettoyage.

Le but de toute technique d'asepsie est certes l'asepsie. Pour les besoins de cette ressource, l'«échec des précautions stériles » sera traité par l'utilisation appropriée d'une technique d'asepsie.

Tel que défini ci-dessus, la technique d'asepsie a pour but de prévenir le transfert des microorganismes présents à la surface du corps du patient vers une région du corps normalement stérile ou encore d'une personne à une autre en maintenant le nombre de microbes au strict minimum. Les techniques d'asepsie sont des mesures utilisées pour rendre la peau, les fournitures et les surfaces exemptes de microorganismes le plus possible. De telles pratiques sont utilisées lors d'interventions qui exposent les sites normalement stériles du patient (p. ex., système intravasculaire, canal rachidien, espace sous-dural, voies urinaires) de manière à ce qu'ils soient exempts de microorganismes (NHMRC, 2010; ASPC, 2012).

Pour une pratique sécuritaire, il est essentiel que les professionnels de la santé comprennent bien les principes de la technique d'asepsie et son application. Bien que la technique d'asepsie soit universellement reconnue comme une compétence clinique essentielle, l'éducation et l'évaluation de cette dernière ont traditionnellement été négligées. La compréhension, l'interprétation, la pratique et, en fin de compte, l'efficacité de la technique d'asepsie varient considérablement. Pour mieux réduire l'écart dans l'application appropriée de cette technique, l'Association for Safe Aseptic Practice (ASAP) a développé une technique d'asepsie « sans toucher » (Aseptic Non Touch Technique ou ANTT), un cadre de pratique bien défini pour la technique d'asepsie (ASAP, 2015). Le cadre de pratique clinique de l'ANTT, fondé sur un ensemble de principes, de mesures de protection et de règles pour la technique d'asepsie, s'applique à toutes les procédures cliniques, de la chirurgie aux soins communautaires.

Stérilisation de l'équipement et des instruments médicaux et chirurgicaux : L'infection constitue un risque majeur de toute intervention chirurgicale; en dépit des technologies et des procédures modernes, des infections liées à un mauvais retraitement de l'équipement surviennent encore.

Une désinfection et une stérilisation efficaces sont essentielles pour s'assurer que l'équipement et les appareils médicaux et chirurgicaux ne véhiculent pas d'agents pathogènes infectieux aux clients, aux patients et au personnel soignant et médical. Les objectifs du retraitement sécuritaire de l'équipement et des dispositifs médicaux sont les suivants:

  • La prévention de la transmission de microorganismes au personnel, aux clients, aux patients et aux résidents;
  • La réduction au minimum des dommages causés à l'équipement ou aux appareils médicaux par des matières étrangères (p. ex. sang, liquides organiques, solution saline et médicaments) ou par des manipulations inappropriées (Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, 2013).

Intervention chirurgicale inappropriée

Intervention chirurgicale sur le mauvais site, le mauvais patient ou la mauvaise intervention : La chirurgie est un domaine des soins de santé dans lequel des erreurs médicales évitables et des échappées belles peuvent survenir. Les interventions chirurgicales sur le mauvais site suscitent de vives préoccupations, elles comprennent une mauvaise intervention ou une intervention sur la mauvaise personne ou le mauvais site (mauvais côté ou mauvais organe). Le Joint Commission on Accreditation of Healthcare Organizations (JAHCO) définit une intervention chirurgicale sur le mauvais site comme un événement sentinelle (c.-à-d. un événement imprévu entraînant le décès ou de graves préjudices physiques ou psychologiques, ou encore le risque de telles conséquences), et représente le troisième type d'événement en importance (Mulloy et Huges, 2008). D'après les statistiques du Healthcare Insurance Reciprocal of Canada (HIROC), les erreurs de patient, de site, de traitement ou d'intervention représentaient 2,07 % de toutes les réclamations déposées au HIROC par les établissements de soins santé assurés (HIROC, communication personnelle, 9 février 2017).

Les interventions chirurgicales sur le mauvais site sont associées au fait de ne pas relever les données incorrectes dans les documents liés à l'intervention, comme l'horaire, le consentement, les antécédents du patient et l'examen physique. Les risques d'une intervention chirurgicale sur le mauvais site sont réduits au minimum lorsque toutes les données concordent et lorsque tous les membres de l'équipe de la salle d'opération assument leur part de responsabilité lors de l'intervention (Pennsylvania Patient Safety Authority, 2007).

Les distractions et/ou les interruptions liées à la communication humaine, à l'équipement (comme les alarmes chirurgicales) ou à la technologie (p. ex. appels téléphoniques, téléavertisseurs) constituent une menace pour la sécurité des patients en salle d'opération; elles contribuent aux accidents liés à la sécurité des patients. Elles sont notamment liées à des interventions chirurgicales pratiquées sur le mauvais site. Les associations professionnelles peropératoires et les organismes de sécurité des patients ont élaboré des lignes directrices et des outils pour limiter l'incidence négative de la distraction. On compte notamment la proposition de l'application du concept d'aéronautique de « poste de pilotage stérile », la réduction des distractions associées à la technologie et au bruit, l'utilisation de listes de vérification et des séances d'information sur la sécurité des soins chirurgicaux et la formation sur le travail d'équipe. L'engagement des chirurgiens et des équipes multidisciplinaires sont nécessaires pour aborder le problème des distractions en salle d'opération (Pennsylvania Patient Safety Authority, 2014).

Une intervention inutile ou désuète désigne toute intervention chirurgicale jugée inutile compte tenu de la situation clinique. Il peut s'agir également du recours à une intervention ou à une technique qui n'est plus conforme aux normes. Une intervention inutile ou désuète peut être liée au manque de surveillance de la pratique des chirurgiens ou à une mauvaise interprétation des tests diagnostiques (HIROC, 2016). Selon les statistiques du HIROC, les interventions inutiles ou désuètes représentent 0,21 % de toutes les réclamations déposées au HIROC par les établissements de soins de santé assurés (HIROC, communication personnelle, 9 février 2017).

Canule endotrachéale mal positionnée durant l'anesthésie

L'intubation endotrachéale est une intervention de routine lors de l'anesthésie. Une vérification immédiate du positionnement endotrachéal de la canule est nécessaire, car l'intubation œsophagienne ou endobronchique représente une source importante de morbidité et de mortalité liées à l'anesthésie d'autant plus qu'elle est évitable (Miller, 2015). De graves complications peuvent survenir à la suite de l'insertion accidentelle de la canule endotrachéale dans une bronche souche, comme l'hypoxémie causée par l'atélectasie dans le poumon non ventilé et l'hyperinflation et le barotraumatisme avec l'apparition d'un pneumothorax du poumon intubé. Le bon positionnement de la canule endotrachéale par rapport à l'éperon trachéal est cliniquement important (Sitzwohl et coll., 2010).

Objectif

Réduire l'incidence de certains accidents graves parmi ceux répertoriés dans ce groupe clinique.

Table des matières