Connexion

 

Survol et implications

Les incidents médicamenteux se définissent comme suit : « Tout événement évitable qui peut causer ou entraîner une utilisation inappropriée de médicaments ou nuire au patient pendant que le médicament est sous le contrôle du professionnel de la santé, du patient ou du consommateur. Les incidents médicamenteux peuvent être liés à la pratique professionnelle, aux produits pharmaceutiques, aux procédures et aux systèmes, ce qui inclut la prescription, la communication de l’ordonnance, l’étiquetage, l’emballage et la nomenclature des produits, la composition, la préparation, la distribution et l’administration du médicament, ainsi que l’éducation, le suivi et l’usage » (ISMP Canada, Definitions, 2016). L’innocuité des médicaments est une responsabilité partagée par les membres de l’équipe de soins, le personnel et les dirigeants de l’établissement.

Dans l’Étude canadienne sur les événements indésirables, les événements liés aux médicaments et aux solutés arrivent au deuxième rang des types d’incident indésirable les plus courants (Baker et coll., 2004). Le comité de l’Institute of Medicine (IOM) chargé de cerner et de prévenir les erreurs médicamenteuses estime qu’au moins 1,5 million d’événements iatrogènes médicamenteux (EIM) évitables surviennent chaque année aux États-Unis (Aspden et coll., 2006). Le rapport de l’Institute of Medicine, intitulé To Err is Human and Preventing Medication Errors, révèle que les incidents médicamenteux sont le type d’incident indésirable qui arrive le plus souvent dans le domaine des soins de santé et que, aux États-Unis, les incidents médicamenteux évitables entraînent jusqu’à 7 000 décès par année dans les hôpitaux, ainsi que des dizaines de milliers d’autres dans les cliniques de soins ambulatoires.

Une étude menée par Lucian Leape et ses collègues a permis d’établir la fréquence de l’occurrence d’erreurs à chaque étape du processus d’utilisation des médicaments à l’hôpital : 39 % à la prescription, 12 % au traitement et à la transcription de l’ordonnance, 11 % à la distribution et 38 % à l’administration. Près de la moitié des erreurs de prescription ont été interceptées par les infirmières et les pharmaciens et environ le tiers des erreurs de transcription ont été décelées et corrigées avant l’administration du médicament. Cependant, seulement 2 % des erreurs survenant à l’étape de l’administration ont été interceptées (Leape et coll., 1995). Plusieurs autres études récentes ont évalué la prévalence des incidents médicamenteux et leur coût pour le système des soins de santé (Bell et coll., 2011; Bishop et coll., 2015; Scales et coll., 2016; Lee et coll., 2010).

Médicaments de niveau d’alerte élevé

Les médicaments de niveau d’alerte élevé (ou de niveau de risque élevé) sont des médicaments qui comportent un plus grand risque de causer d’importants préjudices aux usagers s’ils sont utilisés par erreur. Comme le souligne l’Institut pour l’utilisation sécuritaire des médicaments aux patients du Canada (ISMP), même si les erreurs d’utilisation ne sont pas plus fréquentes pour ce type de médicaments, lorsqu’elles surviennent, elles peuvent avoir de lourdes conséquences pour les patients (ISMP, 2011). Les médicaments de niveau d’alerte élevé comprennent, entre autres, les anticoagulants, les hypoglycémiants, les opioïdes, les électrolytes concentrés, les agents chimiothérapeutiques et les bloqueurs neuromusculaires. Pour une liste complète, il faut consulter le document de l’ISMP intitulé High-Alert Médications in Acute Care Settings. Les pratiques connues en matière de sécurité peuvent réduire le risque de préjudice; elles sont énumérées plus loin sous Pratiques fondées sur des données probantes,  « Instaurer des règles de sécurité pour les médicaments de niveau d’alerte élevé » (IHI, 2012). 

Bilan comparatif des médicaments

Pour dispenser des soins sécuritaires, il est essentiel de communiquer efficacement au sujet des médicaments. La probabilité que des événements indésirables se produisent dans les organismes de santé de l’ensemble du continuum de soins sera réduite en repérant et en corrigeant les anomalies liées aux médicaments (Agrément Canada et coll., 2012).

Le bilan comparatif des médicaments est un processus en trois étapes au cours duquel les prestataires des soins de santé travaillent de concert avec les patients, leurs familles et les autres prestataires de soins dans le but de s’assurer que des renseignements précis et détaillés sur les médicaments soient systématiquement communiqués à tous les points de transition des soins (Des soins de santé plus sécuritaires maintenant!, 2011). Le bilan comparatif des médicaments consiste à faire un examen systématique et approfondi de tous les médicaments que prend un patient pour s’assurer que les médicaments ajoutés, modifiés ou interrompus sont soigneusement évalués. Il représente un volet essentiel de la gestion des médicaments et permettra aux médecins prescripteurs de décider de manière éclairée des médicaments qui conviennent le mieux au patient. La littérature concernant l’incidence du bilan comparatif des médicaments ne cesse de se bonifier. Cette procédure s’avère être une stratégie puissante pour réduire les événements indésirables liés à la médication tout au long du cheminement des patients dans le continuum de soins (Alex et coll., 2016; Boockvar et coll., 2011; Eggnik et coll., 2010; Vira et coll., 2006; Whittington, Cohen, 2004; Rozich et coll., 2004; Mekonned et coll., 2016; Michels, Meisel, 2003).

Événements qui ne devraient jamais arriver (Institut canadien pour la sécurité des patients, 2015)

Le rapport intitulé Les événements qui ne devraient jamais arriver dans les soins hospitaliers au Canada énumère cinq événements pharmaceutiques de ce type qui pourraient causer un grave préjudice pour le patient, voire la mort, et qui peuvent être évités à l’aide de contrôles et de vérifications à l’échelle organisationnelle :

  • Erreur au niveau de la voie d’administration d’agents chimiothérapeutiques, comme la vincristine administrée par voie intrathécale (injectée dans le canal rachidien).

  • Administration intraveineuse d’une solution de potassium concentré.

  • Injection accidentelle d’épinéphrine destinée à un usage topique.

  • Surdose d’hydromorphone par l’administration d’une solution plus concentrée que prévu (p. ex., 10 fois le dosage en tirant une dose d’une solution de 10 mg/ml au lieu d’une solution de 1 mg/ml ou en ne tenant pas compte de l’ajustement nécessaire par la dilution ou le dosage).

  • Blocage neuromusculaire sans sédation, contrôle des voies aériennes et capacité de ventilation.

Pour être en mesure de suivre les progrès du système en matière de sécurité, il faut consigner les renseignements sur l’incidence des événements qui ne devraient jamais arriver et communiquer les leçons apprises de l’examen des incidents.

Objectif

Prévenir les incidents médicamenteux liés à une erreur d’administration ou de dosage de médicaments lors d’un séjour à l’hôpital.