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10/18/2019 9:00 AM

Claire Betker photoLa #SuperSHIFTER Claire Betker, présidente de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC), nous donne un aperçu de l’énoncé de position sur la sécurité des patients, élaboré conjointement avec la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII). Publié en juin 2019, l’énoncé de position préconise la prestation de soins sécuritaires et éthiques par des personnes compétentes et compatissantes, en favorisant au mieux la santé des clients et du personnel des soins infirmiers.

Pouvez-vous nous entretenir des quatre principes qui fondent l’énoncé de position commun sur la sécurité des patients?

Le premier principe s’articule sur la collaboration, les compétences et le fait de rendre des comptes. La sécurité optimale des patients exige ces trois conditions. Les infirmières et les infirmiers ainsi que les dirigeants des soins infirmiers doivent prendre part à toute prise de décisions. Ils peuvent contribuer grandement par leurs connaissances et leur perspective unique. Ils doivent participer à la prise de décisions à toutes les étapes du processus, de la planification et supervision à la coordination, à la prestation et à l’évaluation des soins.

La sécurité des patients renvoie à la pratique et aux fournisseurs de soins, mais aussi au système de santé, l’objet du deuxième principe. Certains facteurs systémiques se répercutent négativement sur la sécurité des patients. Les infirmières et les infirmiers peuvent prendre part aux décisions systémiques, notamment en ce qui concerne l’environnement de travail et sa structure. Les infirmières et infirmiers sont habitués à œuvrer dans un milieu de travail au rythme très soutenu et à traiter des patients dont la situation est complexe. Ils peuvent contribuer aux débats par leur expertise et leurs connaissances.

Le troisième principe fait référence au besoin de milieux de pratique professionnelle de qualité. Cela englobe la dotation en personnel et les modèles organisationnels de soins infirmiers — pas seulement des éléments du système, mais des modèles réels de soins. Il faut pouvoir compter sur des ressources compétentes en nombre suffisant qui savent répondre adéquatement aux besoins cliniques des patients ainsi que sur des modèles appropriés de dotation en personnel pour garantir la sécurité des soins. Nous devons examiner les ressources humaines dont nous disposons actuellement et déterminer comment en faire une utilisation efficace et rationnelle en se basant sur les données probantes.

Enfin, nous devons bâtir une culture de la sécurité où l’on peut sans crainte attirer l’attention sur les problèmes, signaler les dangers et discuter des événements indésirables. L’important est d’apprendre à gérer ces situations pour les régler la prochaine fois qu’elles surviendront. L’on doit développer une culture de la sécurité au lieu d’une culture qui sanctionne le blâme, la récrimination et la peur.

L’énoncé de position fournit aux infirmières, aux infirmiers et aux dirigeants des soins infirmiers les outils et les données probantes encourageant leur participation. Une trousse d’outils a été élaborée conjointement avec la FCSII pour que les infirmières et les infirmiers puissent faire valoir leurs droits, individuellement ou collectivement, directement au point d’intervention ou à l’unité de soins; cette trousse permettra de promouvoir auprès des gestionnaires et des dirigeants, voire à l’échelle gouvernementale, la sécurité des patients grâce à la dotation efficace en personnel infirmier.

En quoi cet énoncé de position est-il novateur?

Cet énoncé est le fruit de la collaboration entre les syndicats et l’Association professionnelle des infirmières et infirmiers. Ce travail témoigne d’une approche novatrice. L’énoncé de position est un constat de la responsabilité partagée. Nous devons travailler ensemble pour améliorer la sécurité des patients — les gouvernements, les établissements, les membres de l’équipe, les patients et leurs familles ainsi que la communauté doivent collaborer.

Quelles ont été les principales leçons que vous avez tirées de l’élaboration de cet énoncé de position?

Lorsque nous parlons de la sécurité des patients ou de la sécurité des gens, nous devons penser à l’ensemble du continuum du système des soins de santé. J’ai mené ma carrière d’infirmière au sein de la communauté — j’ai remarqué que lorsqu’on prononce le mot « patient », les gens ont tendance à penser uniquement aux hôpitaux. Or, nous devons également tenir compte des résidents des établissements de soins de longue durée ainsi que des personnes qui reçoivent des soins dans les communautés et à domicile. J’ai donc appris que la sécurité des patients va au-delà de l’interaction patient-infirmière au point d’intervention dans les établissements de soins de courte durée. Les gens veulent avoir accès aux soins infirmiers dans leur communauté et à domicile; aussi, nous avons besoin de nous doter en personnel compétent apte à prodiguer ces soins dans ces milieux. Pour ce faire, il faut élargir notre vision de la sécurité des patients.

Quels conseils donneriez-vous à qui souhaiterait élaborer un énoncé de position?

Faites-le en partenariat. Impliquez les gens dans le processus et pas seulement de façon symbolique; mobilisez-les vraiment. Ayez une vue d’ensemble et agissez en amont; les préjudices causés aux patients sont évitables. La participation des patients commence chaque fois que vous nouez une relation et interagissez avec ces derniers.

Avez-vous d’autres remarques avant de conclure?

Le Canada se classe au-dessous de la moyenne pour un certain nombre d’indicateurs de sécurité des patients comparativement à d’autres pays de l’OCDE. Il reste des progrès à faire et les occasions ne manquent pas de faire mieux. Nous avons besoin de données qui reflètent l’influence des infirmières, des infirmiers et des soins infirmiers sur la sécurité des patients. La population canadienne s’attend à ce que les soins soient sécuritaires; elle fait confiance aux infirmières et infirmiers pour s’assurer que les systèmes et les milieux de travail sont adéquats pour soutenir ces soins.

Il ne s’agit pas seulement d’une question canadienne ou d’un problème touchant uniquement le système de santé canadien. Le Conseil international des infirmières, dont les membres représentent plus de 130 pays, reconnaît qu’il s’agit d’un problème mondial.

Où pouvons-nous télécharger l’énoncé de position et la trousse d’outils?

Cliquez sur les liens pour télécharger l’énoncé de position et la trousse d’outils en ligne.

Pour de plus amples renseignements, écrivez à l’Association des infirmières et infirmiers du Canada à pratiquepolitiques@cna-aiic.ca.