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2/7/2020 7:00 AM

Diplômée du Misericordia Hospital School of Nursing, Betty Scharf a récemment fêté ses 60 ans de carrière d'infirmière. Six des vingt-quatre diplômées de la promotion de 1959 ont assisté à la réunion pour partager leurs souvenirs. Elles ont tenu à amener leurs filles pour qu'elles écoutent leurs histoires. Cette Edmontonienne de 84 ans nous fait part de ses réflexions sur ce qu'était la vie d'une infirmière au temps où elle exerçait sa profession et donne quelques sages conseils aux patients d'aujourd'hui

Parlez-nous de votre carrière d'infirmière.

Betty ScharfLorsque j'ai terminé mon programme d'études de deux ans en soins infirmiers en 1959, j'ai d'abord travaillé comme infirmière de salle d'urgence; j'ai aussi été appelée à l'occasion à être infirmière de chevet à l'hôpital Misericordia d'Edmonton. J'ai ensuite travaillé dans un cabinet médical où je prenais la pression artérielle, injectait des médicaments antiallergiques, etc. Ensuite, j'ai travaillé à l'ancien Sturgeon Hospital de St. Albert, à nouveau comme infirmière de salle d'urgence et au chevet. Lorsque l'hôpital a adopté les quarts de travail de 12 heures, je suis partie, car j'avais une jeune famille et il m'était difficile de travailler pendant ces longues heures. Je me suis transférée aux cliniques sans rendez-vous du Medi-Center où j'ai été infirmière en chef pendant près de vingt ans.

Quels ont été les défis que vous avez dû relever au cours de vos premières années comme infirmière?

Betty Scharf (left) with her daughter Charlene at the reunionUne infirmière appelée à travailler en salle d'urgence ou au chevet était responsable uniquement des soins au patient. Nous prodiguions davantage ce que j'appellerais des soins complets. Nous devions changer la literie tous les jours, frictionner le dos des patients trois fois par jour, leur donner le bain quotidiennement (ou selon les besoins); nous devions distribuer les repas et les médicaments sans compter aider les patients ayant de la difficulté à manger ou à avaler. Et puis, nous devions déplacer les patients vers la salle d'opération ou d'une chambre à l'autre. Il y avait des aide‑soignants à cette époque, mais ils étaient surtout affectés au chevet des patients masculins pour leur donner le bain ou prêter assistance lors des occasionnels transferts de lit. 

(Betty Scharf (à gauche) avec sa fille Charlene à la réunion)

Les infirmières faisaient deux rondes par jour au cours desquelles elles évaluaient leurs patients en consignant les résultats sur papier après chacune d'elles — il n'y avait pas d'ordinateurs à l'époque. Nous faisions fréquemment des vérifications pour nous assurer que les patients allaient bien et que l'équipement fonctionnait bien. Nous n'avions alors pas de sonnettes d'appel pour nous alerter d'un problème ou de la détresse d'un patient.

Pendant la journée, vous pouviez faire appel à une autre infirmière pour obtenir un coup de main si elle était disponible, mais la nuit, vous étiez la seule infirmière au chevet de 30 à 35 patients. Il va sans dire que certaines nuits étaient vraiment dingues, surtout lorsque vous aviez sur l'étage des vagabonds ou des patients ayant des besoins particuliers. Je me souviens d'un homme qui souffrait vraisemblablement d'un syndrome de stress post-traumatique consécutif à la Seconde Guerre mondiale. Il se cachait sous le lit et vous deviez trouver un moyen de le convaincre à regagner son lit.

Lorsque je travaillais au service des urgences dans les années 60 et au début des années 70, il y avait deux à trois infirmières par équipe pendant la journée, mais seulement une ou deux la nuit. Durant le quart de nuit, les médecins étaient sur appel. Cela voulait dire que les infirmières devaient trier et maintenir l'état du patient stable jusqu'à l'arrivée du médecin. Si les blessures étaient vraiment graves, l'on tentait alors de saisir au passage un médecin dans le département. La plupart du temps, il fallait se fier à sa formation, à son expérience et à son intuition.

En quoi le travail des infirmiers et infirmières d'aujourd'hui est-il différent de celui que vous faisiez?

Il y a davantage d'équipes de nos jours. J'aime l'évolution du rôle de l'infirmière auxiliaire autorisée (IAA) et son lien avec le patient. L'équipement est remarquable et cela facilite grandement la surveillance des patients et le suivi de leur évolution.

Il semble qu'aujourd'hui l'on soit affairé différemment. Puis, il y a une grande diversité dans la clientèle. Le personnel en fait plus avec moins de ressources. Il n'y a pas assez de temps pour établir une relation patient/soignant ni pour échanger avec l'équipe ou se rencontrer en personne. L'élément relationnel est vital pour le patient, tant physiquement que mentalement. Les conversations et l'observation fine d'un patient peuvent nous en dire beaucoup plus qu'une machine.

Quelle est la leçon apprise au cours de votre profession d'infirmière dont vous êtes le plus fière?

Je dirais mon aptitude à créer des liens avec les gens. J'étais capable de communiquer avec des gens de toutes conditions et d'éprouver de l'empathie à leur égard. On ne savait jamais qui allait traverser la porte du service des urgences — des membres de gangs de motards qui s'étaient bagarrés au couteau, une famille avec un enfant malade, etc. Quand je travaillais aux urgences, il n'y avait pas de médecin à mes côtés, aussi je suis fière des compétences de triage que j'y ai développées.

Quand vous devenez infirmière, vous ne cessez jamais de vous occuper des gens. Une fois retraitée, j'ai continué à m'occuper des gens en servant le thé aux patients à l'hôpital, en les écoutant. J'ai participé à la popote roulante et j'ai prodigué des soins de pieds et pris la pression artérielle des gens au centre pour personnes âgées.

Quels conseils donneriez-vous à d'autres personnes pour qu'elles deviennent partenaires de leurs soins?

Posez des questions tant et aussi longtemps que vous n'avez pas obtenu une réponse claire, une explication satisfaisante. Par exemple, si vous avez besoin d'une intervention chirurgicale, demandez pourquoi elle doit être effectuée, ce à quoi vous attendre et ce que vous devez faire en tant que patient après l'intervention. Soyez toujours accompagné d'une personne qui a à cœur votre bien-être lors de vos rendez-vous médicaux. Deux paires d'oreilles valent mieux qu'une. Le conseil s'applique aussi aux médicaments. Posez les questions suivantes : pourquoi me le prescrit-on? Comment ce médicament m'aidera-t-il? Est-ce qu'il comporte des effets secondaires? Que dois-je faire si je pense qu'il y a un problème?