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Leader; Fournisseur
5/8/2018 6:00 PM

C'est dans le cadre du lancement des stratégies de Soins de santé plus sécuritaires maintenant! en 2005 que l'Institut canadien pour la sécurité des patients a signalé l'importance des indicateurs de mesure en ce qui concerne la science de la sécurité des patients, à l'instar de l'affirmation de Peter Drucker souvent citée :

« Ce qui ne peut être mesuré, ne peut être géré ».

Quelques années plus tard, le groupe responsable des stratégies de Soins de santé plus sécuritaires maintenant! en est venu à reconnaître que bien que notre objectif ultime soit de réaliser certaines améliorations précises définies en fonction des mesures de rendement, il était nécessaire de déterminer les étapes du processus menant aux résultats désirés. Ces indicateurs de mesure constituent la fondation de l'effort d'amélioration et servent surtout de guide pratique pour les professionnels de soins de santé de première ligne. Au-delà du suivi du processus d'amélioration et des résultats, l'équilibre des mesures d'amélioration, c'est-à-dire, veiller à ce que l'amélioration d'un secteur n'entraîne pas de nouveaux problèmes ailleurs dans la chaîne, doit également être surveillé de près.

Voici quelques problématiques liées aux indicateurs de mesure mises en évidence au cours de l'évolution de l'initiative de Soins de santé plus sécuritaires maintenant! qui sont toujours pertinentes à ce jour :

  • Les membres du personnel de première ligne compilent et soumettent des données liées à l'amélioration, mais reçoivent rarement de la rétroaction par rapport à leurs progrès;
  • Les prestataires de soins de santé n'ont pas toujours recours à leurs données de rendement pour guider leurs efforts d'amélioration;
  • Lorsqu'un indicateur de rendement atteint sa cible, cela ne correspond pas nécessairement à une amélioration durable; et
  • Si l'on cesse de surveiller le progrès lorsque l'on atteint notre objectif d'amélioration, les gains sont souvent perdus.

Au cours des 10 dernières années, le gouvernement du Canada, du Royaume-Uni et des États-Unis se penche de plus en plus sur la qualité et la sécurité des soins. Bien que de nombreux indicateurs de qualité aient été précisés, l'approche en matière de sécurité est beaucoup plus étroite; ce qui laisse plusieurs aspects inexplorés. La mesure des données liées aux préjudices, si essentielle à l'évolution de la sécurité des patients, a été largement négligée, et plusieurs font ici appel à une solution d'amélioration. Il existe un besoin fondamental de mettre en place des indicateurs de mesure de la sécurité des patients dans le contexte de soins de première ligne pour que l'équipe clinique puisse se concentrer sur les problématiques clés.

Dans son rapport portant sur la Mid Staffordshire NHS Foundation Trust, Dr Don Berwick indique qu'à l'heure actuelle, « la plupart des établissements de soins de santé sont très mal équipés pour évaluer, surveiller et intégrer les données liées à la sécurité et à la qualité des soins. Ce fossé est coûteux et doit être comblé ». Il n'existe pas d'autorité en matière de source de données portant sur la sécurité des patients ni aucune mesure unique.

En 2013, les professeurs Charles Vincent, Susan Burnett et Jane Carthey ont publié un rapport intitulé  The Measurement and Monitoring of Safety [la mesure et le suivi de la sécurité], qui décrit leur cadre de travail conçu afin de combler le manque identifié par Berwick. Le modèle conceptuel permet de jeter un regard plus large sur les informations nécessaires à la prestation durable de soins plus sécuritaires et de reconnaître qu'il n'existe pas de mesure unique de la sécurité. Vincent et coll. ont donc identifié cinq domaines d'évaluation en fonction de cinq questions clés :

  1. Préjudices préalables (les soins prodigués aux patients ont-ils été sécuritaires dans le passé?);
  2. Fiabilité (nos systèmes et nos processus cliniques sont-ils fiables?);
  3. Sensibilité aux opérations (les soins sont-ils sécuritaires aujourd'hui?);
  4. Anticipation et état de préparation (les soins seront-ils sécuritaires dans le futur?); et,
  5. Intégration et apprentissage (est-ce que nous réagissons? Est-ce que nous nous améliorons?).

Le modèle de mesure et de suivi de la sécurité des soins a été mis en œuvre dans le cadre d'un projet d'amélioration au sein de huit équipes provenant de sept établissements situés dans cinq provinces du Canada. Ces équipes ont signalé que grâce à la mise en œuvre du modèle, elles se sont éloignées de «  …la mesure et de la compilation futiles de données au profit d'une approche plus fluide et plus dynamique en matière de sécurité ». En travaillant avec des conseillers, ils ont appris à se concentrer sur l'atteinte d'indicateurs de sécurité plutôt que sur l'absence de préjudice, c'est-à-dire; ils ont compris que si le patient n'a pas subi de dommages, cela ne veut pas nécessairement dire que la prestation des soins a été sécuritaire – il se peut que le patient ait été tout simplement chanceux.

La mise en œuvre à la fois de mesures quantitatives et de données qualitatives permet aux prestataires de soins de santé de passer de la garantie à l'enquête. Avoir recours au modèle conceptuel de mesure et de suivi de la sécurité des soins pour guider vos conversations et vos observations est aussi fondamental que les mesures que vous utilisez. En fin de compte, cette approche permettra au système de santé de dépasser la simple mesure du nombre de préjudices subis, car la prestation sécuritaire de soins de santé repose sur bien plus que des données.

Ce billet de blogue a été compilé par Anne MacLaurin, chef de l'amélioration de la sécurité des patients et Virginia Flintoft, gestionnaire, équipe responsable des mesures

​Anne Maclaurin

​Virginia Flintoft