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2/14/2019 8:00 AM

Le #SuperSHIFTER Tim Willett est président et directeur général de SIM-One, le Réseau canadien pour la simulation en soins de santé, un réseau dirigé par ses membres qui soutient et unifie les programmes de simulation partout au pays. Pour M. Willett, la simulation est à la fois un outil éducatif et un agent de changement pour l'avancement de l'éducation en matière de soins de santé, de la sécurité des patients et de la qualité des soins.

Pourriez-vous nous présenter SIM-One et du Réseau canadien pour la simulation dans les soins de santé?

Nous sommes un réseau sans but lucratif regroupant des centres de simulation en soins de santé et des employés de ce domaine des quatre coins du pays et d'ailleurs. Au Canada, on dénombre entre 200 et 250 centres et programmes de simulation dans différents hôpitaux, universités, facultés et autres agences. Nous comptons actuellement  52 organismes et près de 300 individus parmi nos membres. Actuellement, nous avons également 1 950 abonnés, dont le quart à l'étranger.

La vision de notre réseau est l'offre de soins de santé exceptionnels grâce à la simulation. Notre mission est de promouvoir et de faire progresser la simulation en vue d'améliorer l'éducation en matière de santé, la sécurité des patients et la qualité des soins. Notre rôle consiste à soutenir et à élargir la portée et la qualité des simulations et d'aider à accroître la durabilité des programmes de simulation. Nous organisons des rencontres d'échange de connaissances, de collaboration et de partage de ressources, en plus d'offrir une gamme de programmes éducatifs qui enseignent aux participants à se servir de la simulation comme outil d'éducation. En effet, des compétences spécialisées sont requises pour réaliser des simulations; ces techniques ne sont pas comparables à l'enseignement traditionnel.

Qu'est-ce qui rend la simulation unique et novatrice?

La simulation a évolué bien au-delà de la transmission de connaissances dans un contexte d'apprentissage individuel. Au niveau de l'équipe et du système, elle procure une expérience qui aide les gens à comprendre les pratiques actuelles, les difficultés liées à la culture en place, les moyens d'améliorer les choses et les occasions d'adopter de nouvelles pratiques afin de faciliter la mise en œuvre d'améliorations.

Les personnes qui créent des simulations sont de puissants acteurs de changement. Si vous cherchez à modifier les paradigmes de l'éducation, à améliorer la qualité, à changer la culture d'une organisation ou à modifier la manière dont les processus et les espaces sont conçus, vous découvrirez que les spécialistes de la simulation sont des personnes passionnées, visionnaires, ouvertes au changement et douées pour la promotion de changements.

Quelles occasions la simulation présente-t-elle à votre avis?

La simulation renferme un énorme potentiel pour améliorer les soins dans les hôpitaux et d'autres établissements.

Une grande partie de notre mandat est la sensibilisation. Nous œuvrons auprès d'autres organisations, comme l'Institut canadien pour la sécurité des patients, afin de les aider à comprendre le rôle que la simulation peut jouer dans la réalisation de leur mission. De plus en plus, nous constatons que la mise en œuvre et le changement de culture font obstacle à l'amélioration des soins de santé. La simulation est un puissant outil de mise en œuvre qui peut contribuer à modifier des comportements, à améliorer le travail d'équipe et à transformer une culture. Nous voulons nous assurer que nos partenaires comprennent le rôle que la simulation peut jouer et trouver des moyens de les aider à faire avancer leurs travaux, en collaboration avec eux.

Dans le domaine de l'éducation, les données probantes sur la simulation sont bien établies, et le Canada est un chef de file international pour ce qui est de l'utilisation de simulations dans le programme d'éducation en santé. La simulation améliore la manière dont les étudiants en soins de santé apprennent et deviennent des professionnels. Du point de vue de la sécurité des patients et de l'éducation, il est beaucoup plus souhaitable de s'entraîner sur des mannequins et des acteurs que sur des patients ou sur d'autres professionnels de la santé.

Si la simulation est déjà solidement implantée dans le domaine de l'éducation, elle comporte un vaste potentiel inexploité en ce qui concerne la prestation des soins de santé. Seulement une poignée d'hôpitaux et d'agences de soins de santé du Canada ont résolument misé sur la simulation pour améliorer la sécurité et la qualité sur les lieux de prestation des soins de santé. Il y a là une occasion à saisir, puisque le Canada ne fait que commencer à exploiter les possibilités. Il pourrait notamment se servir de la simulation pour concevoir des espaces de prestation de soins, raffiner des processus de soins, cibler des menaces pour la sécurité avant qu'elles se matérialisent, offrir des formations ponctuelles pour mettre à jour les compétences du personnel avant d'entreprendre des procédures critiques de soins de santé, hausser la qualité du perfectionnement professionnel continu, contribuer à la mise en œuvre d'un plan d'amélioration de la qualité, renforcer le travail d'équipe dans les soins interprofessionnels et améliorer la culture de la sécurité. Traditionnellement, la simulation est perçue comme un outil éducatif, et nous affirmons que le recours à la simulation pour saisir ces occasions systémiques peut améliorer les soins de santé.

Comment la simulation a-t-elle évolué, et quels éléments sont requis aujourd'hui pour faire progresser la simulation?

Il y a 20 ans, aux balbutiements du concept de simulation, l'équipement était au cœur des préoccupations. Après cinq ou dix ans, il est devenu manifeste que les ressources humaines capables de concevoir et de réaliser des simulations étaient primordiales. L'accent est passé de l'équipement au personnel et à la formation d'experts en simulation.

L'avancement de la simulation au Canada passera par deux étapes suivantes : augmenter la sensibilisation aux occasions et aux données probantes, particulièrement dans les établissements de soins de santé, et renforcer les capacités humaines à appliquer la simulation à grande échelle dans les domaines de l'éducation et de la prestation des soins de santé.

Dans le cadre de votre travail, quels sont les plus grands apprentissages que vous avez retenus?

Pour commencer, la simulation n'a pas besoin d'être coûteuse. Il faut réfléchir davantage aux programmes de simulation plutôt qu'aux laboratoires de simulation. La création d'un programme de simulation n'est pas dispendieuse si on investit dans les individus avant d'investir dans le matériel. Je serais extrêmement prudent face à une simulation qui ne prévoit pas cet investissement dans les ressources humaines. Par définition, la simulation est immersive : les participants doivent être profondément engagés dans la simulation. Des compétences particulières sont requises pour créer et animer les simulations. Encore une fois, il est à la fois primordial et plus facile que l'on pourrait croire de mettre l'accent sur le renforcement des capacités humaines et des compétences requises pour réaliser des simulations.

Au cours des six dernières années, j'ai aussi appris que même si le Canada est très vaste, la communauté de la simulation n'y est pas si grande. C'est un domaine de niche. La collaboration entre organisations et professionnels devient de plus en plus essentielle pour améliorer la qualité et la durabilité de la simulation partout au pays.

Enfin, de nombreux aspects de la simulation peuvent être partagés, allant des politiques en vigueur dans un laboratoire de simulation aux structures organisationnelles en passant par les modèles de dotation, les scénarios de simulation et les outils de validation pour l'évaluation des simulations.

Quels défis entrevoyez-vous?

L'importance d'investir dans la simulation fait toujours l'objet de scepticisme. Les dirigeants et les décideurs la voient comme un programme qu'il est bon d'avoir mais qui est très coûteux. Nous devons mieux comprendre les obstacles à franchir pour éliminer cette perception et aider nos dirigeants à reconnaître qu'il s'agit d'un investissement offrant un rendement démontré et d'un outil essentiel à l'amélioration de la qualité et de la sécurité. La croyance que des dépenses en équipement sont nécessaires, plutôt que des investissements dans les ressources humaines, est également un défi. Nous devons accroître l'adhésion des dirigeants ainsi que les investissements dans la simulation.

L'offre de SIM-one et du Réseau canadien pour la simulation en soins de santé peut-elle être adoptée ou dupliquée par d'autres organisations?

Je tiens absolument à ce qu'il y ait davantage d'engagement dans la simulation et davantage d'organisations membres de ce réseau, parce que plus nous serons nombreux à contribuer au savoir, aux ressources et à l'information communs, plus nous en profiterons tous et plus notre voix collective se fera entendre sur le sujet de la simulation.

Les réseaux régionaux de simulation ont un important rôle à jouer, puisqu'il n'est pas toujours possible de se rendre à une conférence nationale et que les collaborations régionales peuvent être extrêmement précieuses. J'encourage les organismes de partout au Canada à regarder autour d'eux et à établir des relations dans leur ville ou leur province tout en jetant des ponts vers le réseau national.

Je ne suis pas convaincu que le modèle exact que nous avons élaboré pourrait être répliqué. Chaque groupe suit son propre parcours. Dans notre cas, Simulation Canada est né de deux réseaux préexistants. Tout d'abord, SIM-One, qui a eu le luxe de recevoir un financement gouvernemental pendant plusieurs années afin d'établir des programmes et une infrastructure. Puis, il y a environ un an, SIM-One s'est intégrée au Réseau canadien pour la simulation dans les soins de santé, qui avait déjà des relations à l'échelle pancanadienne. Notre parcours est unique et c'est lui qui a posé les fondations de notre organisation.

Quels éléments faudrait-il rassembler pour entamer une conversation et créer un effet d'entraînement en faveur de la simulation?

J'aimerais que deux conversations parallèles se déroulent au niveau national. La première, qui réunirait des organisations comme l'Institut canadien pour la sécurité des patients, Healthcare Insurance Reciprocal of Canada, la Fondation canadienne pour l'amélioration des services de santé et d'autres acteurs nationaux, viserait à déterminer comment mieux renseigner les décideurs du gouvernement et des établissements de soins de santé au sujet des occasions présentes et de leur valeur ainsi qu'à accroître la portée et la qualité des simulations dans cet environnement.

La conversation parallèle se ferait entre les décideurs et les dirigeants du domaine de l'éducation pour les professions médicales. Ici aussi, il faudrait déterminer les problèmes auxquels ils font face actuellement et à quoi ceux-ci pourraient ressembler dans cinq ou dix ans, puis explorer de quelle manière la simulation permettrait de résoudre ces problèmes. S'agit-il de pénuries de main-d'œuvre, de qualité de l'éducation, de sécurité des patients, d'attentes accrues de la part du public et des employeurs pour des professionnels de la santé hautement qualifiés?

Où puis-je en apprendre davantage?

Notre site Web est accessible à tous. Le public peut se rendre au www.sim-one.ca pour en savoir plus et obtenir des ressources, mais j'invite les gens à me contacter. Ma porte virtuelle est toujours ouverte! Notre succès naîtra des liens et de la collaboration établis avec les communautés, et la clé pour cela est de soigner les relations avec ses membres. Écrivez-moi un courriel ou appelez-moi afin que nous puissions nous familiariser avec votre environnement et discuter d'une façon de concrétiser votre vision.

Tim Willett, président et directeur général
Simulation Canada
Cellulaire : 647 448-7119
Courriel : twillet@sim-one.ca

Pour en apprendre davantage sur la simulation en milieu hospitalier, participez au Forum national 2019 sur le recours à la simulation pour améliorer la qualité et la sécurité, qui aura lieu le 28 mai 2019 à Vancouver, en Colombie-Britannique. Visitez le www.sim-one.ca pour tous les détails.