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Fournisseur; Leader
2/7/2019 5:00 PM

Mes premières expériences avec les erreurs médicales remontent à l'adolescence et au début de l'âge adulte. Quand j'avais seize ans, ma mère a appris qu'elle avait un cancer du côlon métastatique. Elle avait pourtant consulté le médecin pendant un an et demi en raison de saignements rectaux avant de recevoir ce diagnostic. Malgré des antécédents familiaux de cancer du côlon, ses symptômes ont été négligés et considérés comme un simple cas d'hémorroïdes. Au moment où elle a subi une coloscopie, le cancer s'était propagé, provoquant des métastases. Ma mère a lutté vaillamment contre la maladie; elle a toutefois rendu l'âme après l'administration d'une dose massive de chimiothérapie à laquelle son corps n'a su résister.

En 2012, cela a été à mon tour d'être victime d'une erreur médicale qui a changé ma vie à tout jamais. À l'époque, je travaillais comme infirmière auxiliaire autorisée, une profession que j'aimais et qui me convenait très bien. J'ai reçu un résultat d'analyse pathologique erroné qui a hâté une intervention chirurgicale non seulement effractive, mais inutile; par conséquent, je ne suis plus apte à exercer mes fonctions d'infirmière auxiliaire.

En tant que professionnelle de la santé, je m'attendais à une indemnisation et à une réponse prompte à la suite d'une erreur aussi flagrante. Au lieu de cela, je me suis heurtée à un mur de silence et, jusqu'à présent, je n'ai toujours pas vu les résultats de l'enquête interne sur mon cas.

Depuis cette intervention chirurgicale inutile, j'ai recherché activement de l'information pendant de nombreuses années; ce que j'ai découvert, c'est que certains obstacles sont érigés pour empêcher la divulgation complète d'un événement médical indésirable. J'irais même jusqu'à dire que la piètre réponse obtenue dans mon cas n'a fait qu'aggraver le préjudice que j'ai subi; c'est donc à ce titre que j'endosse à présent le rôle de défenseur de certaines réformes.

J'ai de la difficulté à concevoir que les erreurs médicales sont la troisième cause de décès au Canada et qu'il n'existe toujours pas un système national pour a) recueillir des renseignements et des statistiques sur la prévalence des erreurs médicales; ni même b) une loi qui exige leur déclaration obligatoire. Je trouve également préoccupant le fait qu'il existe des lois dans la plupart des provinces (art. 51 de la Loi sur la preuve en Colombie-Britannique) où il est interdit de divulguer tout renseignement entourant les discussions relatives aux erreurs médicales sur les personnes.

Aussi pénible qu'ait pu être cette situation, je puise la force au sein d'une communauté de même sensibilité composée de gens qui accordent de l'importance aux récits des patients et s'efforcent d'améliorer le système de santé dans l'ensemble du pays. J'espère avec quelques réserves que nos voix collectives retentiront et que nos efforts ne seront pas vains.

Allison Kooijman est défenseure des patients, coprésidente de Patients pour la sécurité des patients du Canada et membre du British Columbia Patient Safety and Quality Council (BCPSQC) et du Patient Voices Network.