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5/20/2014 6:00 PM
 

La petite Sophia Maron ne vécut jamais en dehors de l'utérus de sa mère.

Elle avait seulement 18 semaines lorsque sa mère, Tania, accoucha de la petite fille mort-née dans un lieu empreint de confusion, de peur et de bureaucratie.

La politique de l'hôpital était que tout bébé âgé de moins de 20 semaines n'était pas considéré comme humain. Pourtant, ce que Sophia nous a légué est bien trop humain et parle de la véritable nature de l'humanité.

L'histoire de Sophia commença par la grossesse apparemment normale et en santé de sa mère. Une visite de routine à 18 semaines de grossesse dévasta Tania. Le cœur du bébé ne battait pas.

Tania reçut une ordonnance pour se procurer un médicament qui déclencherait artificiellement le travail, le cytotec. Le médecin assura à Tania qu'il serait présent pour lui apporter le soutien qui lui permettrait de se sentir aussi à l'aise que possible.

Il prépara une note à l'intention du personnel de l'hôpital selon laquelle ce dernier devait le contacter dès l'arrivée de Tania. Elle prit donc le cytotec et après cinq heures de douleurs et de saignements, elle se rendit à l'hôpital local avec son mari Oliver.

Elle et Oliver furent placés dans une chambre de la salle d'urgence. — Tania prit davantage de cytotec — et l'hôpital appela son médecin.

« Non seulement il n’est pas venu, mais il fallut attendre trois heures pour qu’il rappelle », raconte Tania.

Étant donné que le médecin avait donné des instructions à l'hôpital, il n'y avait pas de médecin de garde. Par conséquent, Tania ne reçut aucun médicament ni solution intraveineuse.

Pire encore, les infirmières de la salle d'urgence ne semblaient pas savoir quoi faire avec elle. Elles lui apportèrent un panier à linge et une pile de serviettes.

« On nous a juste dit de nettoyer le sang et le désordre », explique Tania. « On m'a dit de ne pas saigner sur le sol. »

Toutes les 30 minutes environ, Olivier recevait d'autres serviettes. Il appela à l'aide, mais le personnel attendait l'obstétricien de Tania. On dit à Olivier que puisque Tania avait pris le cytotec en dehors de l'hôpital, l'hôpital n'était pas responsable de sa prise en charge.

« J'étais considérablement déshydratée en raison de la perte sanguine », raconte Tania. « Cela a l'air mélodramatique, mais nous avions peur que je meure aussi. La vue du sang était terrifiante. Je me sentais incroyablement étourdie. »

Une jeune infirmière, novice, faisait preuve de compassion, mais elle fut prise entre l'agonie de Tania et les attitudes du personnel plus expérimenté. Elle déposa plus tard une plainte contre ses collègues et se vit proposer du counseling traumatologique, et elle reçut l'assentiment de Tania.

Tania finit par accoucher et une infirmière-chef arriva. Elle tira sur le cordon ombilical.

« Elle vit encore – elle bouge », dit l'infirmière qui, en se rendant compte de son erreur, jeta une serviette sur Sophia.

Tania fut emmenée pour subir une dilatation-curetage. Ensuite, elle demanda que le corps de Sophia lui soit remis pour une crémation. On lui dit que ce n'était pas dans la politique de l'hôpital et que les enfants mort-nés de moins de 20 semaines étaient traités comme des déchets médicaux.

Tania, qui porte à présent un médaillon contenant les cendres de Sophia, gagna ce combat. Et elle gagna bien plus encore.

« Lorsque vous perdez un bébé, vous perdez une partie de vous — vous perdez les rêves que vous aviez pour le bébé », déclare Tania. « Cela devrait être considéré comme une véritable perte et on devrait recevoir le soutien et la compassion des gens. »

Tania entreprit des démarches auprès de l'hôpital pour s'assurer qu'on n'oublie pas son cas et dans l'espoir de faire changer la politique.

L'essentiel est qu'elle n'y alla pas pour se battre, mais elle lança au contraire l'idée de faire de l'hôpital un modèle de soin pour les accouchements de bébés morts-nés.

Désormais, toutes les femmes qui prendront du cytotec seront traitées dans la salle de travail et d'accouchement de l'hôpital, si elles le souhaitent. Une brochure sur la perte et le deuil est maintenant disponible à l'intention des familles qui souffrent de telles situations.

Les parents d'un enfant mort-né au second trimestre de la grossesse ont aussi la possibilité de procéder à une crémation. On demanda aussi à Tania de participer à un nouveau comité sur le deuil périnatal à l'hôpital.

Sa défense de cette cause, y compris son travail avec l'Institut canadien pour la sécurité des patients, lui a permis de panser sa plaie, explique Tania.

Tania espère que les changements à l'hôpital local feront des émules dans l'ensemble du Canada. Ce que Sophia nous a légué nous apprend à tous à être un peu plus humains.

« Sophia a déjà eu une influence énorme », déclare sa mère. « Elle sera toujours importante ».

Bien que Sophia ait achevé sa vie avant de l'avoir commencée, le message qu'elle nous laisse, selon lequel tout le monde mérite des soins sécuritaires, est toujours entendu. Au cours d'une initiative de promotion de la sécurité des soins et d'amélioration de la qualité du système national des soins de santé, la Semaine nationale de la sécurité des patients, qui se déroulera du 31 octobre au 4 novembre 2011, diffuse le message selon lequel « des soins efficaces commencent par une communication efficace ». Pour en savoir plus sur la Semaine nationale de la sécurité des patients, veuillez consulter le site www.questionnezecoutezparlez-en.ca.