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5/20/2014 6:00 PM

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Pour ses proches, c’était comme si leur Fervid bien-aimée avait disparu du jour au lendemain.

Oui, Fervid Trimble avait 87 ans. Elle était malade, aux prises avec une grippe apparente. Pourtant, elle semblait forte comme un roc seulement quelques jours auparavant, vivant de manière autonome dans son appartement.

Un coup de fil empreint d’inquiétude de la part de Fervid a été suffisant pour inquiéter sa famille et pour qu’on l’amène une première fois aux urgences pour un examen. Comme elle était déshydratée, on lui a administré des fluides, puis elle est rentrée chez elle.

Le jour suivant, présentant des symptômes persistants, Fervid a été transférée au centre de soins de santé rattaché du complexe résidentiel pour personnes âgées où elle habitait, afin qu’elle puisse se remettre. Tout le monde s’attendait à ce qu’elle rentre rapidement à la maison.

« Ce qui est fait survenu est que son état a commencé à se détériorer, raconte Johanna Trimble, la belle-fille de Fervid. Quand je parle de détérioration, je veux dire cognitive. »

Fervid était lucide pendant un instant, puis elle avait des hallucinations celui d’après. Elle souffrait de problèmes de coordination, et son bras était aux prises de mouvements répétitifs.

« Parfois, on pouvait arriver et la trouver dans son lit sans pouvoir la réveiller, explique Johanne. Il ne s’agissait pas d’une sieste normale. On ne pouvait vraiment pas la réveiller. »

D’autres fois, Fervid était prise de délire. Elle parlait de sa récente visite à Seattle avec son mari, qui était décédé des années auparavant.

Cette mystérieuse chute vers la démence était un véritable casse-tête. Johanna s’est finalement renseignée sur les médicaments prescrits à Fervis — des antidouleurs, ainsi qu’un antidépresseur —, puis elle a puisé dans ses connaissances en bibliothéconomie pour effectuer des recherches sur cesdits médicaments. Il en est ressorti que chacun d’entre eux affectait les taux de sérotonine du cerveau et que leur combinaison pouvait causer une interaction de médicaments, lequel est nommé le « syndrome de la sérotonine ». Les symptômes de ce syndrome correspondaient à ceux que présentait Fervid.

Johanna ajoute que la prescription d’un antidépresseur a créé une onde de choc parmi les membres de la famille. Fervid n’était pas dépressive, avant sa grippe.

En fait, elle était certainement plus triste d’être alors loin de chez elle, de ses amis et de ses voisins de son complexe résidentiel. Quant au délire, il était du à l’interaction de médicaments, selon Johanna.

Cependant, le psychiatre de l’établissement allait prescrire à Fervid un autre médicament — un que l’on utilise dans le traitement contre l’Alzheimer.

« Avec le recul, le grand problème est que ces psychiatres ne connaissent pas bien leurs patients, dit Johanne. Tout ce sur quoi ils se basent est l’état auquel ils sont au moment actuel. »

« Pour les médecins, Fervid présentait des symptômes de dépression et de démence. Mais il ne s’agissait pas de la Fervid que connaissaient ses amis et sa famille. »

Fervid avait été élevée sur une ferme, par des producteurs de blé extrêmement pauvres, dans le sud de l’Alberta. Sa famille a un jour déménagé au sud, aux États-Unis, et Fervid s’est finalement rendue jusqu’à l’University of Idaho, où elle a obtenu une maîtrise en éducation.

« C’était au début des années 1940, raconte Johanna. C’est le genre de femme dont on se souvient. Elle était forte, on pouvait compter sur elle. »

Il s’est avéré que les proches de Fervid l’ont été eux aussi. Johanna, avec sa recherche documentée, et épaulée par son mari, Dale, et sa sœur, Kathie, a rencontré le personnel médical de l’établissement.

« Mon mari a dirigé la rencontre, puisqu’il est un professionnel de la résolution de conflits, raconte Johanna, souriante. Et j’ai tendance à m’emporter. »

Le personnel médical a écouté attentivement les découvertes et les inquiétudes de la famille. Une décision a été prise sur-le-champ de modifier les prescriptions de médicaments de Fervid.

« Cela a pris de trois à six semaines pour qu’elle revienne à elle-même, raconte Johanna. Et elle est revenue entièrement à la normale, plus en forme que jamais. »

Malheureusement, les nouvelles n’étaient pas toutes positives.  L’interaction de médicaments a fait en sorte que Fervis a été alitée durant des mois. Chez les personnes âgées fragilisées, cela se solde le plus souvent en une perte rapide de masse musculaire.

Lorsqu’elle a finalement été rétablie, Fervid a eu besoin d’un fauteuil roulant pour se déplacer.

Environ cinq ans plus tard, Fervid est tombée malade, étant atteinte d’une infection bactérienne récurrente. Même si elle s’est affaiblie au fil du temps, son esprit est demeuré clair.

« Quelque chose nous est arrivé en tant que famille, affirme Johanna. Je peux seulement dire que je crois que Fervid se doutait qu’elle n’allait pas être là encore très longtemps, et nous avons commencé à avoir d’incroyables conversations avec elle. »

« Fervid a partagé avec nous toute la sagesse et l’expérience acquises dans sa vie. Elle nous a dit combien elle nous avait aimés. »

Un jour, peu avant la fin, Fervid a dit quelque chose de profond. Johanna ne peut pas se souvenir des mots exacts, mais elle n’en a pas besoin pour se rappeler le message.

« C’était comme si elle passait le flambeau, ou qu’elle donnait le relai, dit Johanna, qui s’est donné comme mission de travailler auprès des aînés en matière de soins. »

« Je me sens inspirée d’aller de l’avant et de constater que ce qui nous est arrivé n’arrivera pas à d’autres. »

Johanna a joint les Patients pour la Sécurité des patients du Canada (un programme dirigé par des patients de l’Institut canadien pour la sécurité des patients), en plus de faire partie de plusieurs autres organisations défendant les intérêts des patients. Elle fait aussi partie d’un comité de travail portant sur le développement de la formation continue des médecins quant au surdosage de médicaments auprès des personnes âgées.

« Tout le monde a les meilleures intentions, mais nous devons faire preuve de plus de vigilance sur la façon dont nous prescrivons des médicaments aux personnes âgées fragilisées, qui vivent avec la moitié des fonctions rénale et hépatique d’une personne âgée de moins de 75 ans. »

De plus, elle n’insistera jamais suffisamment sur l’importance de l’implication des membres de la famille dans les soins du patient. Si le personnel de l’établissement ne demande rien, c’est aux proches du patient d’insister, avec respect, pour poser des questions et donner leur avis.

« Ce n’est pas entièrement sans intérêt personnel, ajoute Johanna. J’ai quatre petits-enfants. Je prévois avoir moi-même un jour besoin du système de santé. »

L’histoire qu’a vécue Fervid quant à ses soins fait ressortir toute l’importance de se nommer le défenseur de nos proches quand ils ne peuvent pas le faire par eux-mêmes. La Semaine nationale de la sécurité des patients, se tenant du 29 octobre au 2 novembre, est l’occasion de sensibiliser le grand public sur la sécurité des patients sur l’amélioration de la qualité, avec le message « De bons soins de santé commencent par une question ». Pour obtenir de plus amples renseignements sur la Semaine nationale de la sécurité des patients, visitez www.questionnezecoutezparlez-en.ca.​