Connexion
CPSI partager            
5/20/2014 6:00 PM

​​En donnant des conférences sur les fondements de la sécurité des patients à  l’Hôpital d’Ottawa et à  l’Université d’Ottawa, la Dre Sherissa Microys est souvent étonnée de constater combien d’étudiants pensent que cela se résume à éviter de nuire. « Leur point de vue est limité et ils ne savent pas que la sécurité des patients est un domaine bien plus vaste, qui fait appel par exemple au facteur humain, à la manière dont nous communiquons, au langage non verbal et à la divulgation des incidents», dit-elle. Elle a souvent recours à  l’image du puzzle de six morceaux constituant le cadre de compétences en sécurité des patients pour que ses étudiants puissent comprendre ce qui joue un rôle dans la sécurité des patients et comment cela s’articule dans un ensemble plus vaste.

La Dre Microys soutient que le Cadre de compétences de l’Institut canadien pour la sécurité des patients l’a énormément aidée dans ses  efforts de formation en sécurité des patients. « Le Cadre offre tout un vocabulaire, qui permet d’enseigner et d’articuler les faits de manière cohérente », dit-elle.

L’Hôpital d’Ottawa utilise ces compétences en sécurité comme point de départ de son programme de sécurité des patients, qui se compose de modules s’articulant autour de chacun des six domaines. Un groupe de travail multidisciplinaire comportant des médecins, des infirmières, des pharmaciens et des administrateurs ont conçu des modules de formation se basant sur les habiletés, les attitudes et les savoirs décrits dans le cadre de compétences. Ce programme de formation en sécurité des patients est maintenant offert sous la forme d’un outil d’autoformation en ligne, qui fait partie du système de gestion de la formation de l’établissement. Il en existe quatre versions différentes, s’adressant chacune à une catégorie d’emploi : le personnel clinique, le personnel non clinique, les dirigeants administratifs et les dirigeants cliniques.

Un avis massif d’inscription a été émis à l’échelle de l’hôpital en mai 2013. Il demandait au personnel de réaliser les six modules en six mois. Jusqu’ici, près de 4 600 personnes ont complété cette formation, ce qui représente environ 40 % des inscrits. On procède actuellement à un suivi auprès des individus qui n’ont pas encore complété tous les modules. Ce programme complet sera également utilisé lors de la formation des nouveaux employés. On prépare aussi un programme de mise à jour à l’intention de tout le personnel. Enfin, on évaluera dès l’an prochain l’impact de ce programme de formation en sécurité des patients.

Un autre élément ajouté au programme de formation en sécurité des patients montrait comment utiliser le système de déclaration de l’Hôpital. Le système de déclaration des incidents était sous-utilisé et le recours accru au système compte parmi les avantages de la formation.

« Le programme de formation en sécurité des patients se base sur l’idée selon laquelle chacun doit faire partie de la sécurité des patients, explique Elena Pascuet, coordonnatrice de la sécurité des patients. Nous avons placé la barre plus haute en matière de culture de sécurité des patients. La formation, la sensibilisation et l’engagement contribuent tous à promouvoir des soins plus sécuritaires. »

L’Hôpital d’Ottawa a implanté un certain nombre de plateformes visant à mettre l’emphase sur la sécurité des patients. Par exemple, on a mis sur pied une adresse de courriel où le personnel peut poser ses questions en sécurité des patients.  Elena Pascuet affirme que le personnel se sent engagé et fait de réels efforts pour mieux comprendre leur entourage et y identifier les risques potentiels. Un bulletin de nouvelles mensuel se consacre également aux nouvelles sur ce qui a été fait et sur ce qui s’en vient en sécurité des patients, de plus de souligner les initiatives. On l’envoie à tous les dirigeants et à tous les médecins, pour qu’ils le fassent à leur tour circuler dans leur équipe. On continue aussi à travailler sur le programme de formation lui-même. Madame Pascuet affirme que le meilleur est encore à venir.

Du côté de la formation en sécurité des patients, la Dre Microys a toujours une vingtaine de projets sur la table en même temps, taillés sur mesure pour divers groupes – les étudiants en médecine, les résidents, les internes et les groupes interprofessionnels, sans parler de la formation au niveau d’une unité de soins ou d’une profession. « Nous étudions un grand nombre de stratégies pour découvrir ce qui fonctionne réellement et nous essayons de venir en aide aux secteurs qui ont vraiment du mal sur ce point, dit-elle. Nous devons toujours essayer de nouvelles choses et en tirer des leçons que nous pouvons partager entre nous. »

La Dre Microys compte aussi parmi les experts universitaires du programme Promouvoir la sécurité des patients dans la formation des résidents (ASPIRE) qui vise à accroître l’enseignement en sécurité des patients auprès des étudiants des études supérieures. Elle est également conseillère pour le  Cadre de compétences CanMeds 2015, où elle inscrit les compétences en sécurité parmi les éléments que les étudiants en médecine et les médecins du Canada doivent pouvoir maîtriser. « Je suis pleine d’énergie lorsque je rencontre d’autres personnes qui s’enthousiasment pour la promotion de la sécurité des patients, confie la Dre Microys. Nous avons une longue route devant nous encourager entre nous  et nous rappeler de ne pas abandonner ce travail des plus utiles. »

La Dre Microys décrit la culture de la sécurité comme une situation où la bonne manière de faire les choses vient naturellement. Elle affirme qu’elle commence à la voir émerger en ce moment, mais qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour éviter que des erreurs ne se produisent. Et ce, même si les gens sont plus sensibles aux questions de sécurité des patients et qu’ils en parlent davantage.

On dit qu’un individu isolé ne peut pas changer une culture à lui seul; ce changement prend toute une génération. « La génération qui s’en vient aura reçu une formation qui permettra de catapulter la santé dans une zone beaucoup plus sécuritaire, conclut la Dre Microys.