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Fournisseur; Leader; Public
12/14/2017 5:00 PM

Celia Laur est doctorante à l'Université de Waterloo, membre de la Faculté de la transmission des connaissances et de la science de la mise en œuvre de l'ICSP, et membre clé du projet de mise en œuvre More-2-Eat (M2E) qui vise l'amélioration des soins nutritionnels dans les hôpitaux canadiens.

Celia, pourriez-vous nous glisser un mot sur votre projet?

La nutrition est un facteur important pour le rétablissement des patients hospitalisés, ce qui en fait conséquemment un enjeu de la sécurité des patients. Le projet M2E consiste à travailler avec les hôpitaux afin qu'ils améliorent leur service nutritionnel, par exemple en mettant en place un processus de dépistage et d'évaluation nutritionnelle afin que les patients plus à risque soient vus par un ou une diététiste et reçoivent une alimentation appropriée durant leur hospitalisation.  Au cours du projet, cinq établissements hospitaliers canadiens ont travaillé avec des chercheurs de l'Université de Waterloo pour améliorer le service nutritionnel sur une de leurs unités pendant une année. Tous les cinq sites font maintenant du dépistage nutritionnel et leurs diététistes utilisent un schème d'évaluation normalisé qui leur permet de trier les patients et de consacrer plus de temps à ceux qui en ont le plus besoin. Certains hôpitaux ont également mis en place des mesures pour réduire les obstacles à la prise d'aliments, telles que le dépêchement de bénévoles auprès des patients à l'heure des repas afin de s'assurer que les patients ont accès à leur repas et qu'ils ont ce dont ils ont besoin sur le plateau. D'autres hôpitaux se sont attachés à faire un suivi de la quantité d'aliments ingérée afin de déterminer les raisons d'une alimentation insuffisante et d'apporter des changements favorisant une consommation accrue d'aliments.   En somme, le projet M2E a aidé les hôpitaux à combler les besoins nutritionnels de leurs patients, et il encourage d'autres hôpitaux à emboîter le pas.

Le M2E est dirigé par la professeure Heather Keller, rattachée à l'Université de Waterloo et titulaire de la chaire de recherche Schlegel sur la nutrition et le vieillissement. Mme Keller copréside le groupe de travail canadien sur la malnutrition, qui a mené une vaste étude mettant en relief la prévalence de la malnutrition et les obstacles à la prise d'aliments dans les établissements hospitaliers canadiens.

Qu'est-ce qui vous a motivée à explorer le sujet de la malnutrition en particulier?

Actuellement, 45 % des gens qui passent 2 jours ou plus dans un hôpital canadien sont aux prises avec un problème de malnutrition, et de ce pourcentage, les deux-tiers quittent l'hôpital encore sous-alimentés [1]. Tous les patients, sous-alimentés ou non, devraient recevoir des soins nutritionnels appropriés pour favoriser leur guérison; il s'agit d'un enjeu important de la sécurité des patients.  Il a été démontré que la malnutrition à elle seule est responsable de taux de mortalité accrus, d'hospitalisations prolongées et de plus grandes probabilités de réadmission, augmentant l'affluence et, ultimement, les coûts du système de santé [1-3]. Au Canada, le coût des soins au patient hospitalisé qui est sous-alimenté excède d'environ 2 000 $ celui des soins au patient bien nourri. [2] L'alimentation occupe une grande partie de nos vies, et celle qui nous est fournie à l'hôpital peut avoir une incidence sur notre guérison : les soins nutritionnels jouent un rôle crucial pendant le séjour à l'hôpital.  

En quoi cette approche est-elle innovatrice?

La question de la malnutrition en milieu hospitalier a été soulevée pendant de nombreuses années, mais peu d'efforts ont été consacrés à régler le problème. Des projets pilotes ont été menés, mais peu d'entre eux ont abordé la question dans une perspective d'ensemble ou ont cerné le besoin d'un changement de culture nutritionnelle au sein des établissements. Le projet M2E s'est penché spécifiquement sur ce qui devrait arriver, sous l'éclairage de la recherche et de l'opinion d'experts, et a ensuite fait équipe avec les hôpitaux pour changer les choses et soutenir les soins nutritionnels aux patients, poursuivant un objectif plus global d'améliorer la culture nutritionnelle de l'hôpital. 

Quel enseignement en particulier avez-vous tiré de votre collaboration à ce projet?

Améliorer les soins nutritionnels dans les hôpitaux est possible.

Grâce à More-2-Eat, les cinq sites dépistent au moins 70 % des patients à l'admission et 100 % des patients identifiés comme gravement sous-alimentés reçoivent l'attention appropriée [4]. Au cours de l'année, le recours à des stratégies nutritionnelles pour les patients sous-alimentés ou à risque (diètes riches en nutriments, suppléments alimentaires oraux, préférences alimentaires, etc.) a augmenté de 31 % à 61 % pendant l'année. Selon un sondage effectué auprès des membres du personnel, 70 % d'entre eux ont noté un changement positif en soins nutritionnels sur leur unité [5]. Des entrevues avec le personnel et les directions d'hôpital ont sondé les réflexions du personnel sur les façons d'améliorer les soins nutritionnels [6]. Des résultats sont sur le point d'être dévoilés sur l'impact sur la durée de l'hospitalisation, les obstacles à la prise de nourriture, les façons de maintenir le changement, et plus encore.

Est-ce que d'autres peuvent exploiter ce programme? Peuvent-ils reproduire votre succès?

Oui. Nous encourageons fortement les autres à apprendre de l'expérience des hôpitaux du M2E et à devenir des champions dans leur propre établissement. Tout le monde peut s'impliquer. Les 5 sites participant au projet M2E ont amorcé leur travail en mettant en place les composantes de la Démarche intégrée de soins nutritionnels en contexte de soins aigus [Integrated Nutrition Pathway for Acute Care (INPAC)], une méthode normalisée de dépistage des patients à risque, de prévention, de traitement et de surveillance de la malnutrition [7]. Ce guide adaptatif est spécifiquement conçu pour répondre aux besoins des hôpitaux ou des unités au bénéfice des patients. En cours d'exécution du projet M2E, ce que nous avons appris sur le « quoi » et le « comment » de l'implantation de la démarche INPAC se trouve dans une trousse d'outils en ligne accessible à tous. Il existe également une communauté courriel en ligne à laquelle n'importe qui peut se joindre, où des personnes de partout au Canada discutent de ce qu'elles font dans leur établissement, tout en cherchant conseil auprès d'autres personnes engagées dans le même processus. Le changement est possible et nous vous encourageons à vous impliquer.

Où peut-on trouver de plus amples renseignements?

Pour plus d'information, vous pouvez consulter la trousse d'outils à : http://m2e.nutritioncareincanada.ca/

Pour plus d'information sur le Groupe de travail canadien sur la malnutrition, veuillez consulter le site http://nutritioncareincanada.ca/

More-2-Eat est financé par le Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées.

Références :

(1) Allard JP, Keller H, Jeejeebhoy KN, Laporte M, Duerksen D, Gramlich L, Payette H, Bernier P, Vesnaver E, Davidson B, Terterina A, Lou W. Malnutrition at hospital admission: contributors and effect on length of stay. Une étude de cohorte prospective du Groupe de travail canadien sur la malnutrition. J Parenter Enteral Nutrition 2016;40(4):doi: 10.1177/0148607114567902.

(2) Curtis LJ, Bernier P, Jeejeebhoy K, Allard J, Duerksen D, Gramlich L, et al. Costs of hospital malnutrition. Clinical Nutrition, septembre 2016.

(3) Pamela L Ramage-Morin, Heather Gilmour, Michelle Rotermann. Risque nutritionnel, hospitalisation et mortalité chez les Canadiens âgés de 65 ans et plus vivant dans la collectivité. Rapports sur la santé 2017, 1er sept.; 28(9):17.

(4) Keller H, Valaitis R, McNicholl T, Laur C, Xu Y, Dubin J, et al. Successful Multi-Site Implementation of Nutrition Risk Screening and Assessment Triage in Medical Inpatients: The More-2-Eat Study. Résumé de conférence, Conférence ESPEN 2017.

(5) Laur CV, Keller HH, Curtis L, Douglas P, Murphy J, Ray S. Comparing Hospital Staff Nutrition Knowledge, Attitudes, and Practices Before and 1 Year After Improving Nutrition Care: Results From the More-2-Eat Implementation Project. JPEN J Parenter Enteral Nutr 2017.

(6) Laur CV, Valaitis R, Bell J, Keller HH. Changing nutrition care practices in hospital: a thematic analysis of hospital staff perspectives. Tiré du journal BMC Health Services Research 2017;17(498).

(7) Keller HH, McCullough J, Davidson B, Vesnaver E, Laporte M, Gramlich L, Allard J, Bernier P, Duerksen D, Jeejeebhoy K. The Integrated Nutrition Pathway for Acute Care (INPAC): Building consensus with a modified Delphi.  Nutr J 2015;19(14):63.