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Fournisseur; Leader
4/3/2018 6:00 PM

Qu'est-ce qu'on ressent quand on nous ignore? Ou quand on demande de l'aide et qu'on nous renvoie chez nous? Ou lorsqu'on craint les conséquences de demander de l'aide, et qu'on garde le silence?

Une nuit en 2015, ma mère fait une chute et se retrouve à l'urgence. Maman avait des antécédents de cancer du sein et de maladie mentale. Une tumeur de la colonne vertébrale avait causé un engourdissement de sa jambe et l'avait fait tomber; et elle souffrait d'une douleur intense au dos et aux épaules. Comme de nombreuses personnes âgées, ma mère souffrait de comorbidités qui affectaient ses interactions avec le système de santé – dont la schizophrénie.

Malgré les symptômes physiques de maman, elle reçoit un diagnostic de « crise psychotique », et un formulaire 42 est rédigé. Pourtant, elle pouvait me dire qui j'étais, où elle était et qu'elle était à l'urgence parce qu'elle était tombée. Ma sœur l'avait emmenée chez son médecin de famille la veille et aucun signe de psychose n'avait été relevé. Pourtant, on l'a gardée en observation 72 heures tout en la désignant comme une menace violente pour elle-même. Nous n'avions plus confiance en l'hôpital et en sa capacité de subvenir aux besoins médicaux aigus de ma mère sans qu'on doive constamment la défenre.

Quand maman voulait aller aux toilettes, on avait demandé un fauteuil roulant à l'infirmière. Cette dernière voulait plutôt nous faire croire que ma mère pouvait se déplacer sans aide. Maman est revenue des toilettes en pleurs, assise dans un fauteuil roulant et accompagnée de l'infirmière visiblement gênée. Maman nous a dit qu'elle était tombée de nouveau. Nous avons appris qu'elle était tombée à l'urgence en se cognant la tête le soir précédent. L'hôpital avait pris une radiographie qui indiquait le cancer des os, mais l'hôpital indiqua plus tard que la radiographie avait été prise à cause de sa chute à l'urgence plutôt que ses symptômes physiques.

La douleur à l'épaule que ma mère éprouvait était du même côté que son ancien cancer du sein. Les radiographies montraient que son épaule avait de multiples fractures dues à une tumeur osseuse, mais on nous signale ensuite que le service d'oncologie ne traitement rien tant que le « formulaire » n'est pas désactivé. Lorsque le psychiatre arrive 72 heures après l'admission de maman, il ne pouvait pas expliquer pourquoi le formulaire avait été rempli. 

Nous avons appris que maman avait visité l'urgence trois fois 11 jours avant sa chute, se plaignant de douleurs intenses. Son historique médical au dossier indiquait l'arthrite, l'hypercholestérolémie, le cancer du sein et la schizophrénie. Le premier médecin à l'admission avait souligné la schizophrénie dans son dossier. Le deuxième médecin à l'admission avait noté le diagnostic de schizophrénie, toutefois sans tenir compte de son ancien cancer du sein. Lors de deux de ces visites, au lieu de recevoir un diagnostic, ma mère reçoit des instructions pour la prise de ses médicaments de la part d'une infirmière, qui la renvoie ensuite chez elle. La troisième fois, après plusieurs heures d'attente, ma mère repart chez elle sans avoir été traitée.

Sur plusieurs mois, elle avait consulté son médecin de famille à maintes reprises concernant ses douleurs chroniques à l'épaule et au dos avant de se retrouver à l'urgence. Il lui a prescrit des séances de physiothérapie et du Tylenol 2. La veille de la chute de ma mère, ma sœur demande qu'on lui prescrive une scintigraphie osseuse puisque sa qualité de vie avait tellement diminué à cause de la douleur, mais la demande est rejetée. 

Nos expériences n'ont fait que renforcer notre détermination à défendre la cause de maman, mais nous avions peur qu'on nous appelle « cette famille-là ». Ensuite, un médecin est arrivé au chevet de ma mère en déclarant qu'il n'y avait aucune lésion cancéreuse à la colonne vertébrale sur son IRM. Stupéfaits, puisqu'aucune IRM n'avait été faite, nous avions interpellé le médecin, qui répéta alors sèchement : « c'est bon, il n'y a pas de lésions ». Sur le coup, on a riposté de nouveau et le médecin rétorque brusquement : « l'IRM ne montre pas de cancer dans sa colonne vertébrale. » Finalement, quand maman passe réellement une IRM, on nous dit qu'elle a des tumeurs étendues dans la colonne vertébrale et la radiothérapie d'urgence commence peu de temps après. On ne nous présente pas d'excuses.

La douleur que ma mère a subie était réelle. Un soir, elle était si mal en point qu'elle commença à tirer sur les rails de son lit se faire basculer. Je suis restée impuissante alors qu'elle se tordait de douleur. Quand le moment des médicaments est venu, l'infirmière me dit calmement que le fabricant du médicament avait changé l'emballage et que ma mère avait donc reçu par inadvertance des demi-doses de l'analgésique prescrit.

Des études indiquent que les gens qui souffrent de maladies mentales, et plus particulièrement de schizophrénie, subissent de plus grandes lacunes dans leur traitement. Pourtant, les préjugés à l'égard des problèmes de santé mentale dans le système de santé seraient pires à supporter que les maladies elles-mêmes, ce qui incite beaucoup de gens à éviter d'obtenir des soins médicaux. Les stéréotypes liés à la santé mentale dans les soins de santé ont une incidence sur la sécurité des patients en soins primaires et de courte durée étant donné l'impact des diagnostics manquants.

Si vous aviez une douleur à l'épaule et au dos, une jambe engourdie qui vous a fait chuter et des antécédents de cancer du sein, comment seriez-vous traitée? Est-ce qu'on vous poserait un diagnostic de maladie mentale ou de compression de la colonne vertébrale? Est-ce que vous seriez écartée à cause d'un formulaire? Personne ne choisit de souffrir de maladies mentales. Le manque de diagnostic nuit aux patients et leur enlève le droit de recevoir un diagnostic approprié et un traitement rapide.

Michelle Lindsay
Twitter : @zoekegan​