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12/22/2014 5:00 PM

​​​​​Maura Davies est directrice générale par intérim de l’ICSP. Voici l’allocation qu’elle a présentée lors de la 5e assemblée générale annuelle de l’Institut canadien pour la sécurité des patients, en décembre 2014.

Hugh a parlé avec éloquence de sa vision de l’avenir des soins de santé, une vision qui reflète de nombreux éléments d’un système transformé. Je partage cette vision et je souhaite aussi partager quelques idées supplémentaires avec vous.

Comme certains d’entre vous le savent déjà, je me suis retirée il y a une semaine de mes fonctions de présidente et de chef de la direction de la région sanitaire de Saskatoon, un poste que j’occupais depuis près de dix ans. Cette transition m’a donné l’occasion de prendre une pause et de réfléchir aux changements qui surviennent à la fois dans ma région et dans le système de soins de santé canadien, et de m’interroger sur ce qui nous attend.

L’avenir que j’envisage pour les soins de santé au Canada est extrêmement prometteur. Il comporte également des risques importants. Laissez-moi élaborer un peu, en utilisant la matrice SWOT avec laquelle la plupart d’entre nous sont très familiers.

Points forts :

Je reviens d’une visite chez mon fils aîné à Boston, où il y a eu l’inévitable débat sur les différences entre les systèmes de santé canadiens et américains avec ma famille et ses amis. Ma belle-fille, Abbie, est psychiatre à l’Hôpital général du Massachusetts, dont le programme de psychiatrie a récemment été classé comme le meilleur des États-Unis. Quand ma plus jeune petite-fille a eu besoin de soins médicaux, j’ai été soulagée d’apprendre qu’elle avait accès à certains des meilleurs spécialistes en pédiatrie du pays. Mais je suis également consciente que ces ressources ne sont pas disponibles pour de nombreux Américains. Même quand une famille a une bonne couverture de soins de santé, comme c’est le cas pour Ryan et Abbie, il subsiste toujours d’importants éléments non assurés, ce qui est un obstacle pour beaucoup de gens. Je suis toujours fière d’expliquer qu’au Canada, nous n’avons pas besoin d’une demi-douzaine d’employés ne faisant que traiter les demandes d’assurance à l’urgence et que notre carte d’assurance-maladie nous donne accès universel à une vaste gamme de services de santé assurés.

Dans l’avenir, j’entrevois que nous continuerons à nous féliciter de notre système public, tout en étant plus ouverts à des partenariats avec le secteur privé, dont certains ont déjà démontré qu’ils pouvaient fournir des services de haute qualité à coût abordable au sein de notre système au FINANCEMENT public. Je prévois également que la gamme de services financés par l’État devra être élargie, pour supprimer les incitations perverses qui incitent à la surutilisation des hôpitaux et établissements de soins de longue durée, car de nombreuses personnes n’ont pas accès ou ne peuvent pas s’offrir des soins dans les milieux alternatifs. Comme nous sommes plus innovants dans la façon dont nous considérons tous les éléments comme relevant d’un système intégré unique, il sera important de nous assurer d’établir des mécanismes de transitions de soins plus sécuritaires, ce que les systèmes d’information intégrés rendent possible.

Faiblesses :

Je suis encouragée de constater les progrès accomplis pour faire une priorité de la sécurité des patients, comme nous l’avons souligné lors du récent 10e anniversaire de l’ICSP. Il est impressionnant de visiter des hôpitaux, des établissements de soins de longue durée et d’autres services de santé qui ont adopté, dans le cadre de leurs activités de routine, toute une série pratiques basées sur des faits probants qui n’étaient pas courantes il y a 10 ans à peine. Je crois que le partenariat entre l’ICSP et Agrément Canada a joué un rôle important dans l’adoption à grande échelle des listes de vérification de sécurité chirurgicales, du bilan comparatif des médicaments, des programmes de prévention des chutes, d’un meilleur contrôle de l’infection et d’autres pratiques de qualité. Tout cela est excellent, mais... nous devons faire mieux encore. En tant que directrice générale, je suis consternée de lire ces rapports, encore trop fréquents, de cas où nous avons nui aux patients. Nous sommes encore loin d’une tolérance zéro pour les préjudices causés aux patients ou au personnel soignant, une culture qui existe dans les systèmes misant sur la plus haute fiabilité. Même dans les meilleurs systèmes de santé du Canada, les sondages menés auprès du personnel nous indiquent que nous n’avons pas encore développé une culture de la sécurité où le personnel se sent libre de divulguer les événements indésirables et où les organisations ont mis en place de solides systèmes pour promouvoir l’apprentissage organisationnel et la sécurité des soins.

À l’avenir, j’espère voir encore plus de transfert de connaissances d’autres industries. J’espère voir plus de coopération entre les organisations sur les questions de sécurité et de pratiques visant à éviter les préjudices, par exemple en persuadant toutes les provinces et tous les territoires, et non pas une petite minorité, de participer aux Alertes mondiales de sécurité des patients de l’ICSP. Et nous devons miser sur l’excellent travail déjà amorcé dans diverses organisations pour inciter les médecins, le personnel, les patients, les familles et les membres du public à signaler les événements indésirables, de même que les bons coups, pour que nous puissions nous en inspirer et réaffirmer notre engagement envers une culture de la sécurité.

Possibilités : Le système de santé canadien a la chance de disposer d’une main-d’œuvre très instruite et très motivée, des gens qui ont choisi le secteur de la santé parce qu’ils veulent aider les gens et faire une différence dans leur communauté. Pour eux, ce n’est pas qu’un travail, c’est une vocation. Alors que la pression s’accroît sur nos systèmes de santé, en partie à cause de l’évolution démographique et des attentes des consommateurs, il y a un énorme besoin et d’excellentes occasions d’optimiser le capital humain dont nous disposons. Cela exigera d’importants changements des modèles de financement des médecins et une collaboration avec les syndicats pour briser les silos et les chasses gardées. Il faudra des modèles de leadership différents, qui mobiliseront véritablement le personnel soignant dans la résolution des problèmes et où les dirigeants agiront à titre de motivateurs et de facilitateurs.

Je me rappelle souvent ma visite de l’usine de Boeing à Seattle, dans le cadre de ma formation LEAN, où j’ai demandé à un jeune employé Boeing en quoi consistait son travail. J’ai été stupéfaite lorsqu’il m’a fièrement répondu qu’il « résolvait les problèmes ». Imaginez le potentiel si chaque employé du secteur de la santé avait la même description de poste! Et encore plus, imaginez le pouvoir que nous aurions si nous mobilisions vraiment les patients et leur famille comme partenaires des soins, si nous les faisons travailler avec les professionnels de la santé pour améliorer les soins prodigués à eux-mêmes et à leurs proches.

Menaces :

Nous pourrions probablement passer toute la journée à partager nos rêves et nos aspirations pour le système de santé canadien. Mais il ne faut pas être naïfs. Cet avenir ne se matérialisera pas si nous ignorons les trop réelles menaces liées à la hausse du coût des soins, à la politisation croissante de notre système de santé et à la frustration qu’éprouvent nombre de patients, de familles et de prestataires de soins envers notre système actuel. Mes idées à ce sujet sont inévitablement influencées par mon expérience en Saskatchewan, où les discussions relatives à l’adoption des pratiques LEAN, à la qualité des soins prodigués aux personnes âgées et au vieillissement des installations ont dominé les débats à l’Assemblée législative et dans les médias et où une récente enquête provinciale auprès du personnel et des médecins a révélé des niveaux de mobilisation d’une faiblesse inquiétante. En tant que dirigeants de ce système, nous ne pouvons pas ignorer ces menaces. Nous devons travailler avec nos collègues politiciens pour les aider à prendre des décisions de stratégie et de financement éclairées. Nous devons remonter à la cause première de ce désengagement et nous inspirer des organisations qui ont du personnel et des médecins grandement satisfaits et motivés. Nous devons être courageux et novateurs pour assurer la viabilité de ce système de santé que nous aimons et que nous voulons améliorer.

Quitter la région sanitaire de Saskatoon et démissionner du conseil d’administration de l’ICSP me fait prendre conscience que dix ans se sont écoulés. Je pense même que je suis peut-être un peu plus sage. Cette sagesse me dit que nous devons aller au-delà de la rhétorique et nous engager dans des gestes concrets. Je suis très encouragée par le travail initial de l’ICSP et de ses nombreux autres partenaires, dont certains sont représentés ici aujourd’hui, dans l’élaboration d’un plan d’action visant à améliorer la sécurité des patients et la qualité des soins de au Canada. J’ai bon espoir que ce plan sera entièrement mis en œuvre, de sorte que d’ici cinq ans, nous serons en mesure d’affirmer que nous avons construit sur nos forces, compensé au moins quelques-unes de nos grandes faiblesses, profité des occasions et surmonté les menaces existantes, nous assurant ce faisant que le système de santé canadien sera digne de fierté et durable pour les générations futures.