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5/20/2014 6:00 PM

​​​​Le légendaire avantage albertain est souvent évoqué à toutes les sauces, du taux de taxation à la quantité comparative de ciel bleu. Le système médical de l’Alberta jouit lui aussi d’une excellente réputation. Ce n’est sans doute pas surprenant. L’engagement de la province envers la qualité et la sécurité des soins inscrite dans le texte même de sa loi, dans le Health Quality Council of Alberta Act (Loi de l’Alberta sur les conseils de qualité en santé).

Ce conseil constitué en vertu de la loi dispose donc d’une autorité inégalée lorsque vient le temps de faire des études détaillées, y compris celles portants sur des sujets politiquement délicats. Son mandat est clair : diffuser publiquement toutes les découvertes résultant de ses enquêtes. Mais il participe également à un système révolutionnaire d’alertes publiques lancé en 2011 par l’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP).

Les Alertes mondiales sur la sécurité des patients , un centre d’échange d’information sur le web, constituent un système interrogeable révolutionnaire, qui contient une foule de conseils, de renseignements et d’avis émis à partir des rapports d’incidents de sécurité des patients rapportés par les utilisateurs. Ce système gagne en notoriété, mais son impact repose sur les généreux efforts des régions sanitaires pour diffuser les enseignements appris des divers incidents en sécurité des patients.

Le Dr John Cowell, chef de la direction du Health Quality Council of Alberta, a participé à l’initiative dès ses tout débuts et a supervisé une douzaine de rapports versés au système. Ces études portaient sur un peu de tout, du temps d’attente dans les salles d’urgence au fonctionnement du système ambulancier terrestre de la province. Le conseil a même enquêté sur des allégations voulant qu’on dissuadât les médecins de militer en faveur des patients.

« Nous avons fortement recommandé aux services sanitaires de l’Alberta de lancer la discussion sur les bases d’une culture institutionnelle juste, où les individus ne craindraient pas d’exposer leurs préoccupations », se souvient le Dr Cowell. Le conseil a aussi fait enquête et émis des recommandations sur la question de la valeur du lien de confiance existant entre les membres du personnel, ainsi qu’entre les employés et leurs dirigeants.

Comme le souligne le Dr Cowell, ces recommandations étaient plutôt inhabituelles, dans la mesure où elles étaient plutôt d’une nature philosophique. Les préoccupations en matière de sécurité des patients ont généralement un caractère plus technique. Mais encore une fois, ceci témoigne de la latitude dont dispose le conseil lorsque vient le temps d’émettre des avis relatifs aux soins de santé en Alberta. « Plusieurs de nos recommandations sont toujours actives », note-t-il.

Le rôle important de l’Alberta dans le partage de l’information avec les autres intervenants du secteur de la santé ravit Wendy Nicklin, chef de la direction d’Agrément Canada, un organisme qui établit des normes nationales en matière de soins. Madame Nicklin a également siégé au conseil d’administration de l’ICSP à l’époque où l’on a commencé à évoquer la possibilité de créer les Alertes mondiales sur la sécurité des patients.

« Dans le domaine de la santé, il est important d’apprendre les uns des autres, dit-elle. Je crois qu’il relève de notre responsabilité professionnelle d’avertir nos collègues partout dans le monde d’un risque ou d’une précaution à prendre, de même que des étapes permettant potentiellement de résoudre le problème. »

En Alberta, le Health Quality Council est prêt et tout à fait résolu à prendre position sur des enjeux controversés. Le conseil a notamment enquêté sur la réaction de la province à la pandémie d’influenza de type H1N1, de même que sur un dossier où le lait maternel de la mauvaise femme avait été donné à un nourrisson. Ces dossiers ont fait la manchette des journaux pendant des mois.

John Cowell estime que le travail du conseil est loin d’être fini. L’examen et l’amélioration des politiques, des pratiques et des interactions entre individus dans un système aussi vaste et complexe que la santé est une tâche sans fin. « C’est un travail long, difficile, minutieux, qui s’étend sur de longues périodes, explique-t-il. Mais cela nous fait évoluer d’une culture, qui attachait peu d’importance à la qualité et à la sécurité, vers une autre qui comprend combien elle est très pragmatique, vitale au bien-être des citoyens et éminemment mesurable. »

« Toutes les entreprises les plus performantes ont fini par découvrir quels étaient leurs enjeux de qualité les plus importants, et comment agir efficacement dans ce contexte, ajoute-t-il.  Mais la performance n’est pas synonyme de perfection. Dans tous les systèmes très complexes, qui comportent leur part d’excellente science et de science imparfaite et où des individus bien formés essaient de faire de leur mieux pour soulager ceux qui souffrent d’un quelconque drame, il y aura des erreurs. Des individus échouent. »

Mais comme il le dit, c’est précisément la raison pourquoi la santé a besoin d’un mécanisme comme les Alertes mondiales sur la sécurité des patients, pour rapporter et partager les leçons apprises des incidents de sécurité des patients. Il ne s’agit pas de donner des noms, souligne le Dr Cowell. Il ne s’agit pas de blâmer ou d’humilier qui que ce soit. Il s’agit d’améliorer les soins de santé, système par système.

Et c’est comme ça qu’on s’y prend en Alberta. C’est un avantage.