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10/4/2016 4:00 AM

Les Prix Innovations en éducation en sécurité des patients (IESP) rendent hommage aux organisations, aux groupes et aux individus qui font preuve de pratiques exemplaires en sécurité des patients et en amélioration de la qualité à l'aide du Programme d'éducation en sécurité des patients  – Canada (PESP – Canada).  Les formateurs en sécurité des patients des organismes de soins de santé de partout au pays peuvent être mis en nomination dans trois catégories : le pouvoir de l'individu, la puissance d'une organisation et le pouvoir d'un système.

La lauréate du Prix IESP du Pouvoir de l'individu 2016 est Dre Irene McGhee, anesthésiologiste au Centre des sciences de la santé Sunnybrook, en reconnaissance de son engagement pour l'amélioration de la sécurité des patients grâce à l'élaboration et à l'utilisation de l'outil de communication « I-START-END ».

I-START-END est un processus de participation conçu pour un groupe ad-hoc ou transitoire de personnes qui se rassemblent lors d'un événement pour fournir des soins épisodiques.

« Les anesthésistes sont souvent appelés à l'extérieur de la salle d'opération pour aider à des réanimations », nous dit Dre McGhee. « Ces réanimations peuvent se produire partout dans l'hôpital, de la cafétéria à la salle de trauma. Quand vous allez faire ces réanimations, vous vivez une situation très stressante. Le patient est dans un état critique et il y a tant d'impondérables.  Vous ne connaissez pas le patient et vous regardez autour de vous sans reconnaître qui que ce soit, vous ne connaissez pas l'ensemble des compétences des personnes qui vous entourent, ni à qui demander de l'aide. Et quand vous cherchez l'équipement qui devrait être à votre portée, il n'est pas là. ».

« Les personnes qui se regroupent pour accomplir une tâche spécifique ne retravailleront peut-être plus jamais ensemble. Si un événement cardiaque ou codé survient une heure plus tard, ce sera un nouveau groupe de personnes qui s'en occupera.  Je me suis dit qu'il y avait sûrement une meilleure façon de faire.  J'ai regardé tous les principes bien établis qui encadrent la gestion des ressources en cas de crises, et vu qu'on ne sait jamais qui fera partie de notre équipe, j'ai commencé à me concentrer sur l'individu. C'est là que le pouvoir de l'individu m'est apparu. Chaque personne a sa propre vision du monde, en termes d'expérience et de  jugement.  C'est comme si on voyait les différentes parties d'un éléphant. On ne voit que l'éléphant dans son ensemble quand les individus partagent l'information sur le moment. »

I-START-END n'est pas un scénario à suivre, mais plutôt un cadre de travail qui favorise l'engagement et la communication. Aussitôt que vous arrivez sur les lieux, demandez-vous, 'qui est en charge'.  S'il n'y a pas de responsable, c'est la première chose à régler.  Ensuite, informez le responsable de votre spécialisation et du niveau auquel vous vous situez. C'est une information qui servira au responsable quand viendra le temps de déléguer adéquatement les tâches aux personnes sur place. La partie 'END' de l'outil souligne l'importance des soins de transition. Avertissez le responsable lorsque vous quittez les lieux, dites-lui ce que vous avez fait et ce que vous prévoyez qui va se passer ensuite.  Dites-lui comment il peut vous rejoindre, si un cas se présente en particulier.  Dans l'heure qui suit, le téléavertisseur sera peut-être porté par quelqu'un d'autre qui ne disposera pas nécessairement de cette information, alors il est important d'établir des contacts solides et fiables.

Dre McGhee utilise cet outil depuis environ quatre ans et les réactions sont très positives. Quand elle a présenté cet outil au Comité interprofessionnel du Centre Sunnybrook, les membres ont reconnu à quel point il pouvait être utile pour les patients et les familles. Les infirmières ont aimé l'outil parce qu'il laisse place à la communication et aide les gens à s'exprimer et à partager l'information. Les résidents disent qu'il s'applique à plusieurs aspects de leur pratique quand ils se déplacent d'un endroit à l'autre et travaillent avec différentes équipes.  Ils ont déclaré que l'outil les avait vraiment aidés à entrer en contact avec les autres et à communiquer plus efficacement, de même qu'à les sensibiliser davantage à ce qui se passait en-dehors de leur propre tâche.  L'outil I-START-END est polyvalent – il n'est pas lié au contexte.  Il établit un processus qui peut s'appliquer à diverses situations.

Dre McGhee étudie présentement l'efficacité de cet outil avec 50 résidents en anesthésiologie dans un cadre de simulation où ils reçoivent un scénario ad-hoc et apprennent ensuite comment mettre l'outil en œuvre.  Six mois plus tard, ils étudient le maintien et la durabilité du processus pour voir s'ils utilisent l'outil et si celui-ci a un véritable impact positif sur la communication. Elle a également donné de nombreux ateliers et séminaires sur la communication aux résidents du Centre Sunnybrook et dans le cadre du programme d'études en anesthésiologie de l'Université de Toronto.

« Le paradigme a changé en médecine; il faut donc que notre façon de communiquer change elle aussi », poursuit Dre McGhee. « Les soins que nous fournissons aujourd'hui aux patients sont prodigués de façon plus épisodique et transitoire.  Le cadre de travail I-START-END favorise l'engagement actif au moment présent.  Cela apporte des éléments clés d'information, en matière de gestion et de relations, qui permettent d'établir des plans de soins aux patients détaillés avant que l'équipe ne se disperse. On s'assure ainsi que les transitions de soins aux patients s'opéreront sans heurt par la suite.  La rencontre se termine par une relecture, des questions, un débreffage avec toutes les personnes présentes et une documentation. »

« La formation du PESP – Canada m'a vraiment inspirée et je suis absolument ravie de recevoir le Prix du Pouvoir de l'individu », nous dit Dre McGhee. « Ce que j'ai préféré du programme PESP – Canada, c'est qu'il n'est pas axé sur les médecins, mais plutôt centré sur les patients et les prestataires de soins de santé. L'expérience était si riche avec un groupe aussi diversifié autour de la table. J'ai tellement appris que j'ai voulu continuer sur cet élan. »